Sources :

« dossier secret de l’Algérie 13 mai 58-28 avril 61 » de Claude Paillat (1961),

« la fronde des généraux » de Jacques Fauvais et Jean Planchais (octobre 1961),

Journaux d’époque

Site www.legifrance.gouv.fr 

 

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Dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, à Alger, c’est le putsch des généraux, tous 5 étoiles :

- Maurice Challe, (56 ans), général d’armée aérienne, croix de guerre 1939-1945, médaille de la résistance, croix de la valeur militaire, commandeur de la Legion of Merit (Etats-Unis), King’s medal for courage (Royaume-Uni), 8 citations, grand-croix de la Légion d’honneur : lui échoit  le commandement militaire,

- Raoul Salan, (62 ans), général d’armée (terre), croix de guerre 1914-1918, croix de guerre 1939-1945, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire, médaille interalliée de la victoire, médaille commémorative de la grande guerre, Distinguished Service Cross (Etats-Unis), ordre de l’Empire britannique : les affaires civiles,

- Marie-André Zeller, (63 ans), général d’armée (terre), croix de guerre 1914-1918, croix de guerre 1939-1945, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire, 10 citations, grand officier de la Légion d’honneur : les affaires économiques

- Edmond Jouhaud, (56 ans, le seul pied-noir -Bou-Sfer-), général d’armée aérienne, croix de guerre 1939-1945, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire, médaille de la résistance : la logistique.

 

Ils ont l’appui du 1er Régiment Etranger de Parachutistes (1er REP) dont le commandant (par intérim) est Hélie Denoix de Saint-Marc (39 ans, déporté à 19 ans à Buchenwald, croix de guerre 1939-1945, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire, médaille de la résistance … ).

 

Le général de division Jacques Faure est chargé d’organiser le coup d’état sur Paris : la police l’arrête 91 avenue Niel, au domicile du commandant Bléhaut ; il y a, outre Faure et Bléhaut, les commandants François Azaïs, Robert Casati et Pierre Mouchonnet ainsi que le capitaine Philippe de Saint-Rémy, l’un des aides de camp du ministre des anciens combattants.

Puis 4 civils : le docteur Henri-Pierre Cathala (fils d’un professeur de l’Académie de médecine) ; M. Le Conte, directeur d’une société de crédit ; Joseph Léger, préfet en congé spécial ; François Thévenin, maître d’externat à Janson-de_Sailly …

M. Bernard Sabouret-Garat de Nedde, chef de service à l’EDF, arrive en retard et fait demi-tour en voyant la police à l’entrée de l’immeuble : c’est dans sa voiture que devait être découverte à la fin du mois une liste codée d’officiers, ainsi que le plan d’investissement de Paris (dit plan « Godard »).

Les réseaux clandestins de l’OAS-Métro étudient les tableaux des égouts de Paris, la documentation sur les accès souterrains de l’Elysée, enfin les plans des couloirs et des tunnels du métro, devant être utilisés, le cas échéant, par les commandos lancés à l’attaque des postes-clés.

Le même jour, on note la présence « fortuite » à Alger du général Gobern-Smith, attaché militaire américain à Paris.

 

Le décret du 22 avril 1961 porte affectation d’un officier général : M. le général Ollié est nommé commandant en chef en Algérie.

Par décret n°61-395 du 22 avril 1961, l’état d’urgence est déclaré à compter du 23 avril 1961 0h00 sur le territoire de la métropole

 

Le 23 avril 1961, à Alger, les animateurs de l’activisme local sont réunis dans un garage situé en bordure du port : une cinquantaine de responsables : OAS-Madrid, FAF (Zattara, Vigneau), France Résurrection (Villard), Jeune Nation (Sidos), Degueldre …

En fin de journée, de Gaulle lance son message et appelle civils et militaires à ne pas obéir aux généraux … (Personne n’a pensé à brouiller la retransmission).

 

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Le décret du 24 avril 1961 porte destitution d’officiers généraux et d’officiers supérieures : Challe, Salan, zeller, Jouhaud, Gardy, Petit, et les colonels Godard, Argoud, Broizat, Gardes.

Le général de Larminat : « J’attends avec intérêt que partie perdue, ils me fassent part de leur suicide, seule solution qui puisse les sauver du total déshonneur. »

Le 1er juillet 1962, le général de Larminat mettra fin à ses jours alors qu’il avait été désigné pour présider à l’exécution du lieutenant Degueldre (qui aura lieu le 6 juillet).

 

Le 25 avril 1961, le général Challe, peut-être influencé par son ancien chef d’état-major, le colonel Georges de Boissieu (à ne pas confondre avec son cousin, le colonel Alain de Boissieu, gendre du général de Gaulle), décide de se rendre, bientôt suivi par le général Zeller (camouflé quelques jours chez un parent à Alger) : ils seront incarcérés à la Santé.

Les autres généraux engagés les rejoignent progressivement : Bigot, Nicot, Gouraud, Petit …

Le même jour, le dernier essai nucléaire aérien a lieu à Reggane : il aurait été déclenché pour que l’engin ne tombe pas entre les mains des généraux putschistes …

Dans la nuit du 25 au 26 avril 1961, les généraux Salan et Jouhaud quittent Zéralda et le 1er REP pour trouver refuge chez un colon proche de Martel : ce dernier cachera (certains diront séquestrer) Salan.

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Le 27 avril 1961, un décret instaure un haut tribunal militaire pour juger les généraux du putsch.

 

Le 28 avril 1961, le général Salan appelle à « l’union sacrée de tous les Algériens ».

 

Un tract OAS dans les boîtes aux lettres d’Alger :

« Français d’Algérie, Mgr Duval a décidé de mettre la religion au service d’une politique. Il fera lire dimanche dans toutes les églises d’Alger un sermon dans lequel il condamne les « insurgés égarés ». Nous ne pouvons apporter la contradiction dans un lieu saint. C’est pourquoi nous vous demandons de faire dimanche 30 avril la grève des églises. Dieu vous pardonnera. »

La consigne fut largement suivie.

 

Le 6 mai 1961, les autorités publient un bulletin faisant état de 9000 perquisitions (jusqu’à 2000 appartements fouillés en une nuit !) et 310 arrestations à Alger.

 

Le 8 mai 1961, l’escadre française composée du porte-avions Lafayette, du croiseur De Grasse et de nombreux escorteurs, effectue des exercices d’ « intimidation » dans la baie d’Alger !

 

Le 29 mai 1961, commence le procès des généraux Challe et Jouhaud

 

Le 6 juin 1961, une note de service signée du général Ailleret adressée au IIème Bureau prescrit :

« Les exigences du maintien de l’ordre conduisent à étendre la recherche du renseignement aux organisations subversives d’origine européenne, dont notamment l’OAS.

La lutte contre l’OAS est une des missions principales des services de police …

L’orientation de la recherche sur l’OAS relève des autorités civiles …

La recherche des renseignements sur les organisations subversives d’origine européenne s’effectuera par ordre d’importance décroissante dans les domaines suivants :

- action sur les populations FSNA et FSE (préparation de manifestations, grèves) ;

- préparation, organisation d’attentats ou de toute action de force ;

- identification, localisation d’individus recherchés ;

- dépôts de matériel (équipements, armes, munitions, explosifs) ;

- production, distribution de toute documentation de propagande clandestine ;

- réunions, liaisons, transports, refuges.  »

 

Le 18 juin 1961 au soir, plus de 100 officiers (ayant participé au putsch du 22 avril) sont incarcérés à la prison de Fresnes.

 

Le 3 août 1961, camp d’internement de Berrouaghia : « Depuis plus de 3 mois (au lendemain du putsch), de nombreux Français d’Algérie ont fait l’objet d’une assignation à résidence, ce qui signifie en clair qu’ils ont été placés dans des camps de concentration entourés de miradors et de barbelés. Certains n’ont jamais été entendus … Il reste à ce jour 50 internés au seul camp de Berrouaghia … »

5 jours après sa sortie de ce camp, devait mourir une femme de 63 ans : Mme Bosc.