Sources : Winston Churchill mémoires de guerre 1941-1945, site SGA Mémoire des Hommes

 

Churchill zip

                     

Churchill et sa combinaison

« Je me hâtai alors de rebaptiser mon projet favori : « Gymnast » et toutes ses variantes disparurent de la liste de nos noms de code, et pour la première fois, dans une instruction que j’adressai le 24 juillet [1942] aux chefs d’état-major, « Torch » devint le maître mot. Le 25, le président [Roosevelt] câbla à Hopkins qu’il fallait établir immédiatement des plans pour effectuer des débarquements en Afrique du Nord « avant le 30 octobre au plus tard » … 

6 août … Le général Montgomery remplacerait Alexander pour l’opération « Torch » …

une victoire remportée sur Rommel en août ou en septembre aurait des répercussions potentiellement décisives sur l’attitude des Français d’Afrique du Nord au moment du déclenchement de « Torch ».

Staline : « La France ne prendrait-elle pas en mauvaise part l’occupation anglo-américaine des régions visées par « Torch » ? … De Gaulle ? Je déclarai que nous ne désirions pas le voir intervenir dans l’opération à ce stade ; les Français de Vichy tireraient très probablement sur les gaullistes, mais sans doute pas sur les Américains.

Churchill-de-Gaulle

 Churchill et de Gaulle

La décision définitive fut prise le 22 septembre … La date du déclenchement de « Torch » fut fixée au 8 novembre.

Les préventions du président à l’égard du général de Gaulle, les contacts qu’il entretenait avec Vichy … ainsi que le souvenir des indiscrétions commises deux ans plus tôt lors de l’affaire de Dakar, conduisirent à décider qu’aucune information relative à l’opération « Torch » ne serait communiquée aux Français libres …

Tous les faits qui nous étaient rapportés durant les mois de préparation et tout ce que nous avons appris depuis confirment l’impression que, si nous avions mêlé de Gaulle à l’affaire, cela aurait produit le plus fâcheux effet sur les réactions des Français d’Afrique du Nord.

… aux yeux des Britanniques comme des Américains, nul ne semblait plus qualifié que le général Giraud, officier combattant de haut grade, dont l’évasion audacieuse et dramatique d’une prison allemande avait défrayé la chronique …

Giraud

 

le général Giraud

Les Américains avaient entamé des pourparlers secrets avec le général [Giraud], et des plans avaient été dressés pour l’amener de la Riviera à Gibraltar au moment décisif. Beaucoup d’espoirs se fondaient sur King-pin (Clef de voûte) … Giraud et ses deux fils arrivèrent à bon port, après une traversée qui ne fut pas sans danger.

Le premier des convois de l’opération « Torch » quitta la Clyde [fleuve d’Ecosse] le 22 octobre ; dès le 26, tous les transports de troupe rapides étaient en route …

Toute l’expédition, comprenant environ 650 navires, se trouvait dès lors engagée dans l’entreprise.

Les premiers navires commencèrent à entrer en Méditerranée dans la nuit du 5 au 6 novembre … le convoi d’Alger ne fut signalé que le 7, alors qu’il se trouvait à moins de 24 heures de son point de destination, et même alors, un seul de ses navires fut attaqué.

C’est à Gibraltar que s’opéra la grande concentration d’avions en vue de « Torch » … 14 escadrilles de chasseurs …

C’est au milieu de tout cela qu’arriva le général Giraud, qui s’attendait à être nommé commandant suprême en Afrique du Nord …

[C’est le réseau Alliance de Loustaunau-Lacau qui est chargé du départ du général Giraud vers l’Algérie] 

Il fallut 48 heures de palabres avec Eisenhower pour que ce brave Français fût ramené à un plus juste sens des proportions ; nous avions tous beaucoup trop compté sur King-pin, mais personne ne devait être plus détrompé que lui-même quant à l’influence qu’il exerçait sur les gouverneurs, sur les généraux, et en fait sur l’ensemble des officiers français d’Afrique du Nord.

L’amiral Darlan était rentré en France après avoir achevé une tournée d’inspection en Afrique du Nord, lorsque son fils, frappé de paralysie infantile, fut hospitalisé à Alger … l’amiral revint à Alger le 5 novembre, et c’est ainsi qu’il s’y trouva la veille même du débarquement anglo-américain … Murphy espérait le voir repartir avant l’arrivée des troupes d’assaut sur les plages, mais Darlan, absorbé par la maladie de son fils, s’attarda un jour encore dans la villa d’un responsable français, l’amiral Fénard.

Darlan

 

l'amiral Darlan

Au cours des semaines précédentes, nous avions fondé notre principal espoir sur le général Juin, commandant en chef des troupes françaises ; il avait été en rapports étroits avec Murphy … Le 7 novembre peu avant minuit, Murphy vint le trouver pour lui annoncer que l’heure avait sonné … Le général Juin, bien que très engagé et parfaitement loyal vis-à-vis de l’entreprise, fut atterré. Il avait pensé qu’il aurait la situation bien en main à Alger, mais voilà que la présence de Darlan éclipsait complètement son autorité. Il avait à sa disposition quelques centaines de Français jeunes et ardents (800 dont seulement 80 gaullistes), mais il comprenait parfaitement que le contrôle du gouvernement politique et militaire était passé tout entier entre les mains du ministre-amiral. Juin était désormais certain qu’on ne lui obéirait plus … Murphy et Juin décidèrent de demander à Darlan par téléphone de venir les rejoindre sur-le-champ … Darlan arriva un peu avant 2 heures du matin.

… quelque désir qu’il ait pu avoir d’aider à l’occupation de l’Afrique du Nord par les Anglo-Américains, … il savait qu’en passant du côté des Alliés, il deviendrait personnellement responsable de l’invasion par les Allemands de la France non occupée. Aussi, tout ce que l’on put obtenir de lui fut l’envoi d’un télégramme à Pétain lui demandant toute liberté d’action …

Le 8 novembre 1942, peu après une heure du matin, les troupes américaines et britanniques débarquèrent en de nombreux points à l’est et à l’ouest d’Alger …

L’engagement le plus sérieux se produisit dans le port d’Alger, où les destroyers britanniques Broke et Malcolm essayèrent de forcer l’entrée pour débarquer des rangers américains sur la jetée, en vue de s’emparer du port, d’occuper les batteries et d’empêcher les navires de se saborder … Le Malcolm fut bientôt désemparé … le Broke devait couler par la suite … la plupart des soldats mis à terre furent cernés et durent se rendre.

A 17 heures, Darlan envoya un télégramme à son chef : « Des troupes américaines ayant pénétré dans la ville en dépit de nos efforts pour les retarder, j’ai autorisé le général Juin, commandant en chef, à négocier la reddition de la seule ville d’Alger » Cette reddition prit effet à 19 heures.

A Oran, l’opposition fut plus forte : des unités françaises régulières qui avaient combattu les Britanniques en Syrie, ainsi que des marins animés par le souvenir amer de notre attaque de la flotte française en 1940 [le 3 juillet à Mers el-Kébir], prirent à partie les forces américaines.

Deux petits navires de guerre britanniques tentèrent de débarquer des soldats américains directement dans le port d’Oran … le Walney et le Hartland tombèrent sous un feu meurtrier et furent tous deux coulés …

A l’aube, les destroyers et sous-marins français se montrèrent assez actifs dans la baie d’Oran, mais ils furent tous coulés ou dispersés. Les forces navales britanniques bombardèrent et canonnèrent les batteries côtières. Les combats se poursuivirent jusqu’à la matinée du 10, lorsque les troupes américaines lancèrent une ultime attaque contre la ville ; à midi, les Français capitulèrent.   

[Il y eut aussi] un assaut à Fédala, près de Casablanca … de très vifs combats terrestres … et une farouche bataille se livra sur mer … le cuirassé moderne Jean-Bart, inachevé et incapable de se déplacer, mais dont les pièces de 380 mm étaient en état de tirer : un duel d’artillerie s’engagea entre lui et le cuirassé américain Massachussets, tandis que la flottille française, appuyée par le croiseur Primauguet, appareillait pour s’opposer aux débarquements. A la fin de l’opération, 7 navires et 3 sous-marins français avaient été détruits, avec des pertes se montant à un millier d’hommes … Noguès ne capitula que le 11 au matin, sur ordre de Darlan …

Liste des bâtiments français détruits ou endommagés lors de l'opération Torch :

Torch_1942_b_timents  

Fiches des PN MPF lors de l’opération Torch

AMBROSINO

BEN_LOLO

CHEETCUTI

GARRIGOS

HERZOG

JOVER

LEGUEDOIS

LOPEZ_Fran_ois

LOPEZ_Lucien

MAS

MASIA

SAINT_RAYMOND

Au matin du 9 novembre, le général Giraud … se rendit en avion à Alger …

… l’amiral Darlan ordonna un cessez-le-feu général pour toute l’Afrique du Nord … et le 11 novembre, envoya des ordres catégoriques à la flotte de Toulon pour lui faire prendre la mer … si elle se trouvait sur le point d’être capturée par les Allemands. » 

 

1942 11 08 journal