Le 23 avril 1961, le général de Gaulle prononce son fameux discours :

« Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamento militaire.

Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. »

Le 3 décembre 1942, de Londres, il avait déjà dit : « La nation n’admet pas qu’un quarteron d’hommes qui symbolisent la capitulation, la collaboration, l’usurpation, et qui ont usé et abusé contre les libérateurs de la discipline des autres, en usent et abusent maintenant pour singer l’honneur et le devoir. »

En jazz, quatre musiciens forment un quartet(te) ; en musique de chambre, ils sont un quatuor.

Les informaticiens connaissent aussi le quartet (moitié d’un octet), les mathématiciens le quadruplet.

Les turfistes jouent au quarté.

Mais voyons les différents sens du mot quarteron :

1) Dès 1244 au sens de « quart d’une livre », qu’il a encore chez Molière (Georges Dandin 1668) : « Il ne faut point tant de beurre pour faire un quarteron. » Au sens aussi de quart d’un cent, dans les transactions commerciales … puis Zola (le ventre de Paris 1873) : « Des femmes qui vendaient des paquets de feuilles de vigne attachés par quarterons. »

2) Dès 1688, emprunté à l’espagnol cuarteron (de cuarto, quart), pour désigner un homme, une femme, issu(e) d’un(e) blanc(he) et d’un(e) mulâtre(sse). Ainsi chez Stendhal (le coffre et le revenant 1837) : «  lui enlevait ses belles couleurs pour lui donner le teint d’une quarteronne  » : ¼ de sang « autre » que reçoit le quarteron (au niveau des grands-parents)

3) En extension du sens 1, pour désigner un petit nombre, une poignée. Dès 1616. Ainsi chez Aragon (Semaine Sainte 1958) : « Ce n’était pas le peuple qui était là, mais un quarteron de conjurés monarchistes. »

La proximité et chronologique (de Gaulle a-t-il lu Aragon ?) et de sens qu’a pu vouloir lui donner de Gaulle (les généraux sont bien des conjurés pour lui) me font pencher pour cette définition.

Oui, de Gaulle a lu Aragon : dans son discours prononcé à l’Alliance Française le 31 octobre 1943 « Comment ne pas sentir la déchirante qualité de ces poèmes qu’aujourd’hui toute la France récite en secret ? Ainsi les vers d’Aragon :

Le visage sacré, s’il doit renaître un jour

Ma patrie est la faim, la misère et l’amour. »

Les yeux d’Elsa (1942)

« Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux. »

Et pourtant, il y en eut bien d’autres, dans le putsch ou même dans l’OAS :

les 4 généraux Challe, Zeller, Jouhaud (OAS), Salan (OAS),

mais derrière cette « apparence », il y avait bien d’autres généraux, colonels, commandants, capitaines, lieutenants …

les 7 généraux Bigot, Crèvecœur, Gouraud, Nicot, Petit, Gardy (OAS), Vanuxem (OAS)  

les 12 colonels Broizat, de Blignières, de la Chapelle, Dufour, Antoine Argoud (OAS), Pierre Château-Jobert (OAS), Arnaud de Sèze (OAS), Jean Gardes (OAS), Yves Godard (OAS), Charles Lacheroy (OAS), Roland Vaudrey (OAS), Parizot (OAS)

les 4 commandants Niaux, Robin, Julien Camelin (OAS), Robert Vitasse (OAS),  

le capitaine de vaisseau Jean Joba (OAS), le capitaine de corvette Jacques Roy (OAS)

les 8 capitaines Gaston, Murat, Guy Branca (OAS), Ferrandi (OAS), Philippe Le Pivain (OAS), Pierre Montagnon (OAS), Pierre Sergent (OAS), Jean-Marie Curutchet (OAS), Gérard Dufour (OAS)

le lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume (OAS)

les 10 lieutenants Roger Degueldre (OAS), Robert Planchot (OAS), Michel Alibert (OAS), Daniel Godot (OAS), Jacques Chadeyron (OAS), Alain Bougrenet de la Tocnaye (OAS), Nicolas Kayanakis (OAS), Olivier Picot d’Assignies (OAS), Jean-Loup Blanchy (OAS), Pierre Delhomme (OAS)

L’adjudant-chef Marc Robin (OAS) …