Comme on l’a vu dans mon précédent article,  le préfet Vaujour avait alerté à plusieurs reprises les autorités du prochain déclenchement d’une insurrection généralisée sur tout le territoire de l’Algérie http://manifpn2012.canalblog.com/archives/2014/10/23/30822335.html

Les différents groupes devaient agir dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre entre 0h00 et 3h00 :

Zone 1 : Aurès-Nementchas

A Arris, la ville est encerclée et n’est dégagée que le soir du 1er novembre ;

A T’kout, la Gendarmerie est encerclée ;

A Khenchela, à 01h45, la ville est plongée dans l’obscurité (le transformateur vient de sauter), pendant 1 heure ½ la résidence de la commune et les points de stationnement de troupes sont attaqués : 2 victimes André MARQUET 4ème RA et le lieutenant DARNEAUD commandant Spahis de Kenchela ; le commissariat de police est occupé, les policiers désarmés et enfermés 

http://tenes.info/galerie/1NOVEMBRE1954/4_morts_2

http://tenes.info/galerie/1NOVEMBRE1954/4_MORTS

A Biskra, 6 bombes sont déposées à la gare et à l’usine de gaz, 2 policiers blessés ;

A Batna, dans le massif des Aurès, 2 sentinelles sont tuées devant la caserne : à 03h00 du matin le soldat Pierre AUDAT chasseur au 9ème RCA, et le brigadier-chef Eugène COCHET 4ème RA ;

Toujours à Batna, le Colonel Blanche, commandant de la subdivision, essuie des coups de feu tirés sur sa voiture ;

Lundi 1er novembre 1954 à 7 heures (ou 7h30), sur la route nationale 31 qui va de Biskra à Arris, kilomètre 80, un car Citroën de 50 places avance lentement … Il est stoppé par ce qui semble un éboulement de pierres (en fait, le chauffeur, s’il n’avait été complice des rebelles, aurait sans doute pu franchir l’obstacle) …

Un groupe de rebelles aux ordres de Chihani fait descendre les voyageurs parmi lesquels un couple d’instituteurs auxiliaires, en Algérie depuis 3 semaines, en poste à Tiffelfel : Guy et Jeanine MONNEROT, 23 et 21 ans, nouveaux mariés 

Les autres instituteurs avaient pu être prévenus par Jean Deleplanque, jeune sous-préfet de Batna, lui-même averti par un notable musulman.

Un autre voyageur, le caïd de M’Chouneche, Saddok Ben Hamed BENNADJI, est né en 1906 (48 ans) à Gueribet el Oued ; il est chevalier de la Légion d’Honneur le 6 juillet 1951 (lieutenant arme blindée et cavalerie) ; il tente de s’interposer et sort un pistolet 6.35

Sbaïhi Mohamed, l’un des hommes de Chihani, lâche une rafale de Sten en direction du caïd : ce dernier s’écroule atteint au ventre ; Guy Monnerot est touché à la poitrine et sa jeune épouse à la hanche.

 

Zone 2 : Nord-Constantinois

A Souk Ahras, attaque des sentinelles ;

Au Kroub la sentinelle du dépôt d’essence de l’armée essuie une rafale de mitraillette et plusieurs coups de feu ;

A Condé Smendou, la gendarmerie est attaquée ;

A Saint-Charles (17 km sud de Philippeville) des gardes communaux sont désarmés.

 

Zone 3 : Kabylie

A Azazga, 02h00, attaque de la gendarmerie ; dépôt du liège des Eaux et Forêts incendié ;

A Tigzirt, attaque de la gendarmerie et du commissariat de police ;

A Rebval, attaque de la gendarmerie ;

A Baghlia attaque de la gendarmerie ;

A Bordj Ménaiel, attaque de la gendarmerie et du commissariat de police ;

Au Camp du Maréchal-Tadmait attaque de la gendarmerie

A Draâ El Mizan attaque de la gendarmerie, du commissariat de police : l'agent de police Haroun Ahmed BEN AMAR

un garde-champêtre a été tué, à Tizi Ghenif et Tizi N’tleta, 3 gardes-champêtres tués, à Michelet, à Fréha, à Béni Douala, à Dellys et à Tizi Ouzou attaque des sections de la gendarmerie, des commissariats de police et 20 gardes-champêtres tués, leurs armes récupérées.

Dans toute la grande Kabylie, toutes les lignes téléphoniques coupées et les poteaux télégraphiques sciés.

- l'agent forestier François BRAUN (à la maison forestière de la Mare d'Eau (entre Zahana-Saint-Lucien et Oggaz) : il avait refusé de livrer ses armes

A 1 heure du matin, 3 bombes explosent à Alger, ne faisant aucune victime : à la Radio, au Gaz d’Algérie et aux pétroles Mory.

 

Zone 4 : Alger

A Alger 01h00 3 bombes explosent dans les locaux de la Radio, au Gaz d’Algérie, et aux Pétroles Mory ; une bombe déposée à la centrale téléphonique du Champs-de-Manœuvres n’explose pas, du Dépôt de liège d’Hussein Dey ;

A Boufarik, destruction de la coopérative d’agrumes,

attaque de l’arsenal de l’ERGM (Etablissement de Réserve Général du Matériel) : quelques armes sont volées ;

A Baba Ali, des entrepôts de la fabrique de papier Cellunaf sont en partie détruits ;

A Blida, attaque de la caserne Bizot ;

attaque des casernes, de la gendarmerie et commissariat de police, les gardes-champêtres désarmés, 3 ponts sabotés sur la RN1 km 15, 23 et 33, sabotage du pont sur l’Oued T’lelat de  la RN11 : aucun des ponts ne saute.

 

Zone 5 : Oranie

Faute d’armes, les groupes de cette zone sont privés de moyens d’action …

Pourtant pour Michel Henri Delenclos, chercheur en histoire contemporaine, la première victime est Georges-Samuel AZOULAY, chauffeur de taxi de 28 ans

Oran 0h20 (?), Georges-Samuel attend à sa station habituelle rue du Cercle Militaire. Un Musulman se présente et demande à se faire conduire à Eckmühl, quartier d’Oran … En cours de route le client demande au conducteur de modifier l’itinéraire et à se rendre à la poudrière d’Eckmühl. Azoulay refuse et arrête son taxi. C’est alors que le client sort un revolver, abat froidement Georges-Samuel de 3 balles, jette son corps et s’empare du véhicule pour tenter d’attaquer la sentinelle de garde de la Poudrière. L’assassin échoue. Il est arrêté quelques semaines plus tard dans un douar près de Saint-Denis-du-Sig.

Attaques des commissariats de police et de la section de la gendarmerie de Mostaganem, de Bosquet et de Cassaigne. Tentative de sabotage du transformateur électrique des Ouillis.

A la tombée de la nuit, un groupe d’hommes sous les ordres de Sahraoui et Belhamiti se réunit au lieu-dit « Oued Abid » pour organiser une attaque qui doit être déclenchée à une heure du matin. Sahraoui dispose d’armes de guerre (3 carabines italiennes, un fusil mauser et des munitions) qui lui ont été procurées par Bordji Amar. Belhamiti prend la tête d’un demi-groupe composé de Mehantal, Belkoniène, Chouarfia qui doit se poster légèrement au Sud et à l’Est des bâtiments de la gendarmerie de Cassaigne. L’autre demi groupe sous la direction de Sahraoui Abdelkader et composé de Belkoniène Taïeb, Tehar Ahmed et Beldjilali Youssef va par l’Ouest s’approcher de la cour extérieure de la gendarmerie. C’est à ce moment-là que survint une automobile qui stoppe devant la cour extérieure, côté Est de la gendarmerie … Il doit être un peu plus de minuit ( peut-être 01h30 ?) ; Laurent FRANçOIS, 22 ans, libéré depuis 6 mois du service militaire, conducteur du véhicule, et Jean-François MENDEZ, son compagnon de route, reviennent d’un bal de Mostaganem et rentrent à Picard ; sur leur route ils sont arrêtés par monsieur Mira -gérant de la ferme Monsonégo- qui leur demande d’alerter la gendarmerie car il est attaqué. Des coups de feu claquent alors mais sans les atteindre. Laurent et Jean-François se précipitent donc vers Cassaigne et vont donner l’alerte à la gendarmerie. Laurent sonne au portail d’entrée et tous deux attendent qu’on leur ouvre ; ils sont éclairés par l’ampoule électrique allumée au-dessus du portail qui fait d’eux une excellente cible pour les tireurs embusqués. Belkoniène et Tehar … à une vingtaine de mètres environ de Laurent et Jean-François, tirent chacun un coup de feu. Laurent s’écroule, mortellement atteint d’une balle à la nuque ; Jean-François s’affaisse mais n’est pas atteint par la balle …

Laurent François