En juin 1953, Jean Vaujour est nommé directeur de la Sûreté générale à Alger (né le 27/10/1914 à Tulle, chef des commandos du 50ème R. I. sur le front de Sarre, ancien résistant contribue à la filière vers l’Angleterre, un des 15 membres du corps préfectoral recherché par la Gestapo, passe en Espagne et rejoint Alger, campagne de France et d’Allemagne …)

préfet VAUJOUR

Le préfet VAUJOUR            

En mars 1954, Larbi Ben M'hidi, Didouche Mourad, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaid et Belkacem Krim, militants du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), fondent le Comité Révolutionnaire d'Unité et d'Action (CRUA) : le colonel Paul Schoen, chef du Service des Liaisons Nord-Africaines, l’apprend aussitôt et en informe le préfet Vaujour

En mars 1954, le préfet Vaujour rédige un rapport intitulé « Les commandos nord-africains » : il y indique qu'il existe des camps, en Egypte et en Libye, où s'instruisent des Marocains, des Tunisiens et des Algériens, leurs emplacements, le nombre de « recrues », le type d'enseignement dispensé, la nature des armes d'entraînement, les filières qui leur permettent de rallier le Maroc ou l'Algérie ...

Le 25 juillet 1954, les « 6 » provoquent la « réunion des 22 » qui se prononce pour la révolution armée illimitée jusqu’à l’indépendance : Othmane Belouizdad, Mostefa Ben Boulaïd, Ramdane Benabdelmalek, Benmostefa Benaouda, Lakhdar Bentobal, Rabah Bitat, Zoubir Bouadjadj, Slimane Bouali, Ahmed Bouchaïb, Mohamed Boudiaf, Souidani Boudjemaa, Abdelhafid Boussouf, Liés Derriche, Mourad Didouche, Abdessalam Habachi, Abdelkader Lamoudi, Mohamed Larbi Ben M'Hidi, Mohamed Mechati, Slimane Mellah, Mohamed Merzoughi, Badji Mokhtar, Zighout Youssef

Le 25 septembre 1954, le préfet Vaujour écrit à M. Queuille, alors vice-président du conseil :

« … Les séparatistes se battent entre eux … Mais des renseignements précis me permettent de redouter de les voir passer à l'action directe avant un mois. Et ce mouvement sera très vaste. Il atteindra les zones les plus dures de l'Algérie et certaines villes. Si nous n'y prenons garde, le petit groupe d'activistes qui a pris la tête d'une nouvelle action clandestine … va essayer d'embraser l'Algérie à la faveur des événements des terroristes voisins.

Ce sera une flambée brutale, généralisée, et qui risque de nous placer dans une situation difficile si nous n'avons pas les moyens de faire face partout en même temps … M. Léonard a, je le sais, alerté Paris …

Je suis persuadé que nous allons vivre des heures graves ... Nous sommes à la veille d'attentats, peut-être même de soulèvements dans les régions où les bandits tiennent le maquis depuis des années. Cette fois ce ne sera pas une action sporadique et localisée ... »

Le 10 octobre 1954, dans une maison de « Climat de France », au-dessus de Bab el Oued, 6 des 9 chefs historiques de la révolution algérienne (Rabah Bitat, Mostefa BenBoulaid, Mourad Didouche, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Larbi Ben M'Hidi) transforment le CRUA en FLN, créent l'ALN et décident de la date du déclenchement de l'insurrection pour le 1er novembre.

Le 10 octobre 1954, le préfet Vaujour informe ses supérieurs que la date de l’insurrection est fixée au 1er novembre.

Vers le 15 octobre, un informateur, musulman, membre du groupe de la Casbah, ancien artificier de l’Armée française (1), informe un des commissaires du préfet Vaujour : « On me demande de fabriquer des bombes. Que dois-je faire ? »

(1) Ses mobiles sont demeurés inexpliqués. Il ne demandera jamais d’argent en échange de ses informations.

La femme dudit commissaire est pharmacienne ; le préfet Vaujour lui demande de trouver un produit capable de faire beaucoup de bruit, mais peu de mal. Elle préconise le chlorate de potasse. Une centaine de bombes sont ainsi confectionnées, à base de petites boîtes d'Esso avec du chlorate de potasse ! Le préfet Vaujour va même jusqu’à sortir 2 000 francs de son portefeuille pour acheter le chlorate de potasse ! (De fait, les bombes qui exploseront le 1er novembre feront peu de dégâts, sauf à un endroit, à Baba Ali, où elles provoqueront l'incendie d'un stock d'alfa.)

boîte Esso

 

Dès le 17 octobre 1954, 13 jours avant la Toussaint, le 1/1 R.C.P (1er bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes) met sur pied, à Philippeville, un bataillon type "maintien de l'ordre" qui, dès le 1er novembre gagne Kenchela pour des opérations de recherche de bandes armées …

1er RCP octobre 1954

 

Le 23 octobre 1954, muni des consignes impératives, « Urgent. A ne remettre qu’en mains propres. », un envoyé spécial d’Alger transmet au Cabinet du ministère de l’Intérieur un pli remis par le préfet Vaujour :

« … Danger immédiat Nous sommes sans doute à la veille d’attentats en Algérie Ben Bella a commandé de passer à l’action au plus tôt Son plan opérationnel prévoit l’extension du combat en Algérie, d’abord pour créer un climat nécessaire, ensuite pour absorber tous les maquis locaux. »

Le préfet Vaujour a connaissance de la réunion du CRUA destinée à mettre au point le communiqué qui sera envoyé après les attentats du 1er novembre. Il renouvelle sa demande de « rafle » : le ministre de la justice François Mitterrand, en visite en Algérie pour constater les conséquences du tremblement de terre d’Orléansville (2), répond :

« Nous verrons cela à Paris, et vous transmettrez mes instructions à Vaujour. » Les instructions arrivent … le 2 novembre : trop tard !

(2) http://manifpn2012.canalblog.com/archives/2014/09/15/30594160.html

Le même jour, 3 gendarmes sont attaqués par une vingtaine d’individus dans la région de Guentis.

Le 24 octobre 1954 lors d'une ultime réunion et après avoir approuvé la "proclamation du 1er novembre", les « 6 » se rendent chez un artisan photographe de l'avenue de la Marne à Bab El Oued et prennent une photo souvenir.

les 6 en octobre 1954

 

Vers le 25 octobre, un commissaire des RG prévient le préfet Vaujour que 300 fellagas se « baladent » clandestinement dans les Aurès (Constantinois).

Le 26 octobre 1954, un renseignement de source qualifiée indique qu’un mot d’ordre est parvenu du Caire ordonnant de généraliser les incidents sur l’ensemble de l’Algérie, en vue de les exploiter à la tribune de l’ONU, lors de sa prochaine session.

Le 27 octobre 1954, le Gouverneur Général confie au général Cherrière, commandant de la Xème Région Militaire, le commandement interarmées en Algérie pour le maintien de l’ordre : ce dernier, qui est à Alger, adresse une nouvelle synthèse « sur l’évolution de la situation en Algérie ».

Dès le 28 octobre 1954 le 18ème R.I.P.C (Régiment d'Infanterie Parachutiste de Choc), en garnison à Pau, est mis en alerte "Blizzard" : Le 1/18ème R.I.P.C du commandant Grall, le 2/18ème du capitaine Delpech, (soit les  1er et 2ème bataillons du 18ème R.I.P.C), renforcé d'un bataillon de paras coloniaux aux ordres du capitaine Démonet, forment à leur arrivée sur le sol africain un G.A.P (groupement aéroporté) dont le colonel Ducourneau prend le commandement. Par tous les moyens de transport, les divers éléments du G.A.P convergent vers Tebessa, Harris et Batna en vue de pourchasser les « Hors-La-Loi » …

Le 29 octobre 1954, à 14 heures, tous les sous-préfets, maires, administrateurs du département, sont réunis à la préfecture de Constantine par le préfet Vaujour qui interroge avec anxiété ses subordonnés et les magistrats municipaux. A l’anxiété succède la perplexité. Les participants entonnent un chœur unanime : « Tout va très bien. Aucune inquiétude.»

Seul l'administrateur d'Arris, au cœur de l'Aurès, lui confie, après la réunion, qu'un de ses caïds (peut-être Hadj Saddok tué le 1er novembre ?) s'était vu proposer le plan de l'insurrection de l'Aurès pour 1 million de francs, mais qu'il n'y avait pas cru. Le préfet Vaujour monte aussitôt un rendez-vous : 1 million contre le plan, à remettre en gare de l'Agha, à Alger, par l'informateur à l'un de ses commissaires ; l'homme lirait ostensiblement « L'Echo d'Alger » ... Opération fixée au 2 novembre : trop tard !

Le même jour, sur indication d'un militant du Parti Communiste, effrayé de ce qu'on lui a demandé de faire, on trouve la première bombe -en tuyau de fonte celle-là- à Oran : le lendemain, le commissaire des RG d’Oran, Lajeunesse, vient spécialement à Alger l’apporter au préfet Vaujour.

Le 30 octobre 1954, les effectifs de l'armée en Algérie sont de 56.000 hommes. Il y a aussi 2.300 gendarmes, pour une population de 10 millions d'âmes, alors que la France, peuplée de 40 millions d'habitants, et 5 fois moins étendue, compte 43.700 gendarmes.

Le 31 octobre 1954, le Préfet Vaujour avertit la Xème Région Militaire que des attentats vont être commis dans les 48 heures : trop tard !

Le 31 octobre 1954, 4 jeunes appelés du 1er RCP sont tués aux environs de Souk Ahras : Pierre Georges D’HOUNDT     né le 10 novembre 1933, Marcel DEGRAEVE né le 23 septembre 1933, Roger GRADIT né le 30 septembre 1933 et Maurice LECHARDEUR né le 13 mai 1934     

Peut-être sont-ils tombés sur une bande venant de la frontière tunisienne à moins de 35 km de là ?

D’ailleurs, le même jour, un autre appelé du 1er RCP, Albert Fernand DEBACKERE né le 30 septembre 1933, est tué en Tunisie

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