Mes sources :

- Terre d’Afrique illustrée n°32 du 19 novembre 1921 TA                     

- Cahiers du Centenaire de l’Algérie (1930) CC

- l’Algérie dans l’impasse » de Sylvain Wisner (1948) SW

- Pied-Noir, mon frère (témoignage d’un francaoui) de Jean Loiseau (1963) JL (lequel cite Yves Salgues L’Or Noir du Sahara -la pathétique aventure de Conrad Kilian- 01/1958 et Maurice Mainguy Le Pétrole et l’Algérie 01/1958)

- la contrerévolution en Algérie (le combat de Robert Martel) de Claude Mouton (1972) CM

- Jean Mazel dans l’Algérianiste n°44 de décembre 1988 repris sur le site du Cercle Algérianiste 26-07 JM

http://cerclealgerianiste2607.fr/Chapitres/Site%20Internet%20Cercle%20National/www.cerclealgerianiste.asso.fr/contenu/economique321.htm

repris par Lucienne Pons sur le site alger-roi.fr

http://alger-roi.fr/Alger/vos_souvenirs/pons/textes/7_petrole_algerie_pons.htm

 

Dans les siècles très anciens, selon la légende, un marabout "Boubakeur" se promenant sur les lourds terrains de gypses qui conduisaient aux prémices des zones désertiques aurait planté son bâton dans le sol et le retirant s’aperçut qu’il était enduit d’un liquide visqueux et odorant. Persuadé qu’un dangereux serpent hantait les lieux et gardait l’endroit, le marabout ne donna pas suite à cette découverte.

Sans se préoccuper du fameux serpent légendaire, de toute antiquité des bergers connaissaient cet endroit pour y venir chercher des boues imprégnées dont ils frottaient la peau des moutons pour les guérir de la gale et de la pelade ; les chameliers faisaient de même pour leurs chameaux. Cette méthode qui s’est perpétuée pendant plusieurs siècles semble avoir été efficace puisque dans les campagnes on rapportait encore avant l’indépendance que soumis à ces soins naturels, la laine des moutons et les poils de chameaux repoussaient "plus beaux qu’avant". JM

En 1745, un ingénieur anglais du nom de Schwab pense que l’Oued Gueterini en arabe « rivière de goudron » (au sud d’Aumale) contient du pétrole : il note sur ses carnets les suintements de naphte. JM

En 1809, conclusion de l’Académie de Saint-Petersbourg après l’envoi d’une mission russe à Bakou : « Le pétrole est dépourvu de toute utilité. C’est un liquide gluant et nauséabond. Il ne peut être employé d’aucune façon, sauf à lubrifier les roues des charrettes indigènes. »

« Les sondages répétés depuis 1901 … 

Tel un puits ouvert en 1903 jusqu’à 416 mètres dans la Dahra et qui fournit pendant quelques temps jusqu’à 700 tonnes d’huile … » TA :

En 1905 des savants allemands et roumains visitant Oued Gueterini désignèrent dans leurs travaux cette région comme une riche réserve possible de pétrole … JM

« … mais depuis 1906 les recherches, mieux organisées et mieux dirigées, ont amené la découverte de puits jaillissants, surtout des deux côtés de la vallée inférieure du Chéliff, aux environs de Relizane, au Nord dans le Dahra (Aîn Zeft, Sidi Brahim), au Sud (Tiliouanet). » TA

En 1909, le commandant Marchand, qui a « deviné » que le sous-sol du Sahara est riche en pétrole, déclare : « Quand il dévoilera ses richesses, c’en sera fait de notre Sahara. » (voir à 1957 pour plus de détails)

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« … tel surtout le gîte découvert par 167 mètres de profondeur à Tiliouanet, dans le lieu dit M’sila, le 14 avril 1914.

… il donnait cependant 2 tonnes 500 par jour de travail jusqu’en 1916. » TA

En 1921, Conrad Kilian entreprend un périple d’études et de relevés à travers le Sahara

 

Conrad Kilian

 

« Mais il y a plus : il se présente même des orientations nouvelles et l’on parle de « combustibles » algériens ; pas la houille …

Mais il y a le pétrole ou plutôt les pétroles que l’on fait jaillir un peu de tous côtés, qui donnent à la Colonie les plus beaux espoirs et qui font naître les rêves les plus riants …

Néanmoins, on peut, sans esprit visionnaire, croire à un certain avenir de la colonie dans cette voie.

on doit envisager du moins comme vraisemblable l’utilisation d’une certaine quantité de pétrole algérien … » TA

Le 24 mars 1924, création de la Compagnie Française du Pétrole (CFP)

Le 17 mai 1927, signature de la convention de gérance …

Dans les cahiers du centenaire de l'Algérie (1930) on pouvait lire : « Des forages de pétrole ont été entrepris en Oranie (voisinage de Relizane) Ces forages n'ont pas abouti jusqu'ici à des résultats sérieux  » CC

Dans Tintin en Amérique, publié dans les années 1930, Tintin découvre par hasard un gisement de pétrole en creusant un trou en plein territoire des Pieds-Noirs. À la page suivante, on voit un "businessman" offrant vingt-cinq dollars au Grand Sachem et, dans la case suivante, des soldats, baïonnette au fusil, expulsent manu militari les pauvres autochtones. Trois jours plus tard, le siège social de la Petroleum & Cactus Bank est en pleine construction et le lendemain, une véritable ville a poussé.

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C’est seulement le 25 juillet 1931 que la convention de gérance signée le 17 mai 1924 sera ratifiée.

En 1935, M. Louis Pons, puisatier-prospecteur, qui connaissait bien la région, s'intéressa tout particulièrement au site désertique de Oued Guétérini … se contenta de vendre son produit en l'état, recueilli dans 3 puits espacés d'une dizaine de mètres, aux chauffeurs des cars de la ligne Alger-Bou Saada … jusqu'en 1941 où le bureau des recherches minières réquisitionna le gisement (arrêté du 21 février 1941). Et le brave M. Pons, sans aucune indemnité, fut prié de s'en aller … JM

« En novembre 1943, il (Conrad Kilian) déclarait à son frère venu le voir sur son lit de douleur à l’hôpital Maillot : « Les hommes m’ont eu. Mais le Sahara lui me sera reconnaissant de l’avoir, moi le premier, estimé à son incommensurable valeur. Au pays des grands chevaliers d’autrefois, le pétrole va bientôt surgir. Pourvu que ce soit celui de la France ! » » JL

Après guerre, il tente de reprendre la production de pétrole, entouré d’un jeune géologue Pierre Padovani, Jean Mazel, étudiant en droit, et André Rosfelder, étudiant en géologie … L’équipe réussit, après bien des difficultés, à constituer la Société Anonyme RAFAL (RAFfineries Algériennes) … qui produit 1 tonne par jour … JM

En 1945 est créé le Bureau de Recherche Pétrolière BRP

La Société Nationale de Recherche et d'Exploitation de Pétrole en Algérie (S.N. REPAL) a été créée en 1946, en association avec le gouvernement général de l'Algérie française, par le Bureau de Recherche du Pétrole (BRP - Elf Aquitaine) avec le siège installé à Hydra en haut de la ville d'Alger.

En 1947, on peut lire : « Dans les deux ports d’Arzew et de Mostaganem, n’arrivent pas seulement les primeurs et les fruits, mais encore du minerai de plomb et même du pétrole « Qui aura le pétrole aura l’Empire du monde » La province d’Oran n’en est pas là ; ses gisements de Msilah et de Medjilah n’en sont qu’à leurs débuts, mais le pétrole est d’une telle qualité qu’on le compare déjà sans désavantage à celui de Galicie et de Roumanie, et c’est de bon augure ! » 12 000 tonnes

Le 28 novembre 1947, au cours d'une tournée d'inspection en Afrique du Nord, l’avion du maréchal Leclerc, un B25 … percute la voie ferrée, à côté du Djebel Aïssa, non loin de Colomb-Béchar. Les 12 occupants de l'appareil sont tués sur le coup. Un 13ème cadavre a été retrouvé dans la carcasse de l'avion. Ce treizième corps, jamais identifié, a alimenté l'idée du complot. Conrad Kilian, mort le 30 août 1950 dans des circonstances controversées, est le premier à lancer l'idée : l'Angleterre aurait fait assassiner Leclerc à cause de la guerre secrète du pétrole dans le Fezzan, dans la partie ouest de la Libye.

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En 1948, on peut lire dans « l’Algérie dans l’impasse » de Sylvain Wisner : « On n’extrait pas le pétrole, dont son sous-sol est pourtant riche, et les prospections de la SNRP d’Algérie sont conduites de manière à donner l’impression qu’on ne veut pas tomber sur les poches. » SW

En avril 1949, le pétrole jaillit de l’Oued Gueterini : la SPA de Pons passe à 250 tonnes par jour

En 1951, Hallis D. Helberg, géologue en chef de la puissante compagnie américaine « Gulf Oil Corporation », affirme, avec toute l’autorité dont il jouit dans le monde pétrolier, qu’aucune zone intérieure de l’Afrique, et le Sahara notamment, n’apparaît comme vraiment intéressante pour des recherches futures …

En 1953 Ernest Mercier (né le 4 février 1878 à Constantine d’un père interprète -source ANOM-, auteur des « rois berbères ») crée la Compagnie Française du Pétrole (Algérie)

Une des principales implantations de la SN REPAL sera celle d'Hassi Messaoud dans laquelle elle découvre du pétrole en juin 1956.

« En rentrant d’une visite à Hassi-Messaoud au début de 1957, j’ai lu dans une note des Relations Publiques de l’Union des Chambres Syndicales de l’Industrie du Pétrole ce qui suit :

« Les gisements de pétrole du Sahara avaient été découverts voici 48 ans par le commandant Marchand, le héros de Fachoda. Mais, celui-ci n’avait confié le secret de sa découverte qu’à quelques intimes, à qui il n’avait jamais expliqué comment il avait pu, sans aucun sondage, déceler la présence de l’or noir. » »

Telle est la révélation que fait dans Le Journal de Montreuil-sur-Mer, Maurice Leclercq, ancien collaborateur parisien de l’Eclair.

A son retour de Fachoda (début 1899), Marchand, promu colonel (octobre 1902), avait quitté l’uniforme pour se consacrer tout entier à l’exploration. Il se rendit d’abord en Afrique du Nord, puis aux Etats-Unis, en Russie, où il s’attarda dans la région du Caucase et de la mer Caspienne. Il retourne ensuite plusieurs mois au Sahara.

« Quelques jours après le retour de son dernier voyage, relate Maurice Leclercq, comme on lui demandait, dans le salon de Mme de Boigne (un des principaux salons politico-littéraires de Paris de l’époque) ce qu’il avait découvert au Sahara, Marchand répondit très tranquillement, sa tasse de thé à la main : « Du pétrole. Il y en a des quantités immenses, et je sais où il est. » Puis il parla d’autre chose.

« J’ai eu la langue trop longue. Oui, il y a du pétrole au Sahara. Immensément de pétrole. Plus qu’au Caucase et au Wyoming. Mais il ne faut pas que ça se sache. *il faut que vous me juriez de n’en pas parler et dites à votre directeur que s’il y fait la moindre allusion, je lui envoie mes témoins. »

« Peut-être n’êtes-vous pas absolument sûr ? risquai-je perfidement.

Du coup, il redevint absolument calme :

« Je suis tout à fait sûr. Je puis même vous montrer sur la carte où sont les gisements. Mais, votre parole d’honneur que vous n’en soufflerez mot à personne ? »

En la lui donnant, je lui demandai pourquoi il tenait tant au secret.

« Ni le gouvernement, ni personne en France ne s’intéresse actuellement au pétrole. Mais les Anglais s’y intéressent eux, beaucoup. Et s’ils apprenaient qu’il y a du pétrole au Sahara, ils nous le prendraient. »

Il m’entraîna dans son bureau déplia une large carte saharienne et son doigt se posa sur la région d’Ouargla.

« C’est là qu’est le principal gisement. Un gisement grand comme plusieurs départements français, et du très bon pétrole, vous savez. »

Son doigt se posa ensuite sur deux autres endroits de la carte, l »un assez distant du premier.

« Ici, il y en a aussi avec certitude. Et là, très probablement. Mais je n’ai pu y séjourner assez longtemps pour en avoir la certitude. »

Ouargla C’est le gisement de plus de 160 mètres d’épaisseur que l’on vient de « découvrir » 48 ans après que Marchand m’en avait affirmé l’existence. Comment Marchand l’avait-il connue ? Ses deux séjours sahariens avaient été trop courts pour procéder à des sondages et il n’en avait d’ailleurs pas les moyens matériels et financiers. Il éluda ma question :

« Si, entre mes deux voyages au sud-algérien, j’ai été au Caucase et aux Etats-Unis, c’était pour pouvoir faire des comparaisons. Pour le reste, supposez que j’ai le flair et eu de la chance. »

Marchand est mort avec son secret.

Le « Sahara romantique » est mort. Avec la découverte du pétrole, il est devenu le « Sahara industriel » … j’ai vu au travail, à côté des jeunes métropolitains solides, de nombreux techniciens pieds-noirs et des ouvriers musulmans, complètement transformés par l’œuvre entreprise … » JL

Le 8 février 1958, Robert Lacoste se rend à Philippeville pour saluer le départ du premier pétrolier porteur du pétrole saharien …

Le 23 mai 1959, enveloppe et timbre 1er jour de Hassi-Messaoud capitale du pétrole saharien

 

pétrole

 

Fin 1959, la pose de l’oléoduc Hassi-Messaoud-Bougie permet d’amener à la côte 6.6 millions de tonnes de pétrole en 1961, 8 millions en 1962 …

Fin 1959, le lieutenant-colonel Léonard note que « le mirage du pétrole et les perspectives du plan de Constantine incitent à chaque libération plusieurs centaines de jeunes militaires à rechercher un emploi en Algérie. »

En avril 1960, l’Union Générale des Pétroles naît officiellement. L'UGP est formée de la Régie Autonome des Pétroles, de la SN REPAL (1946) et du Groupement des exploitants pétroliers (GEP) qui détiennent chacun un tiers du capital.

Voici un passage du livre de Robert Martel :

« -Voyez-vous, continua Reygasse*, cette rébellion musulmane a été organisée de toutes pièces par le Gouvernement français, aidé par certains groupes financiers étrangers. Le pétrole est lié à cette histoire. Le grand malheur de l’Algérie a été la découverte du pétrole.

Robert (Martel) et ses amis ouvrirent de grands yeux.

Christin se délia la langue : -En effet, dit-il, il y a longtemps que les prospecteurs connaissaient l’existence du pétrole en Algérie. Comment se fait-il que ce soit seulement aujourd’hui, en pleine rébellion, qu’on en dévoile la source de richesse ?

-Oui, messieurs, reprit Reygasse. C’est pourquoi j’insiste sur ce sujet. En tant qu’administrateur, je savais que des prospections avaient lieu, mais on rebouchait les puits sur ordre du Gouvernement et c’était le silence total. Il ne fallait pas faire concurrence aux marchés étrangers anglais et américains, vous comprenez ? »

La découverte du pétrole est une des raisons du conflit algérien, et de sa durée, les négociations d’Evian s’éternisant parce que le pouvoir gaulliste ne voulait pas abandonner le pétrole saharien à l’Algérie. » CM

*archéologue auquel ont doit les fouilles du tombeau de Tin Hinan, la reine fameuse des Touaregs.

L’OAS scrute les réactions du personnel de la SN-REPAL dont le directeur général, A. Colot, est un sympathisant affiché et convaincu de l’Algérie française.

Question au Gouvernement n°12172 du 17 octobre 1961 : M. Pascal Arrighi demande à M. le ministre d'Etat chargé du Sahara, des départements d'outre-mer et des territoires d'outre-mer : 1" quelles précisions il est en mesure de lui fournir sur des informations qui révèlent les exigences des chefs de la rébellion concernant le Sahara, et notamment : 1 le transfert à l'Etat algérien futur de la totalité des biens. capitaux ou installations de la société nationale S. N. Repal, financée jusqu' ici par des crédits métropolitains ; 2 la part de l'Etat français dans les sociétés d'économie mixte, et en premier lieu la Compagnie française des pétroles (A) ; 2° s' il estime conforme à l'intérêt national et à l’avenir économique et financier du pays que, lors de la reprise éventuelle des négociations, les représentants du Gouvernement concèdent aux dirigeants de la rébellion l'ensemble des biens ou installations créées dans les deux départements des Oasis et de la Saoura grâce à l'effort de l'épargne métropolitaine ; 3 s'il est informé des tractations de certaines compagnies pétrolières françaises et étrangères avec des dirigeants F. L. N., compagnies qui paraissent se comporter comme si d'ores et déjà la France avait abandonné le Sahara, et s'il peut rendre compte de ces tractations.

Les personnels des sociétés de pétrole et notamment ceux de la SN-REPAL demandent des précisions à leurs dirigeants. Ainsi A. Colot reçoit le 20 octobre 1961 une lettre des représentants syndicaux lui demandant des informations sur l’avenir de la société (cession ou non au FLN). Tandis que Colot avoue son ignorance, calme les impatiences et propose d’attendre la venue à Alger de son président, prévue le 18 novembre suivant, les syndicats décident d’un mot d’ordre de grève pour le 31 octobre. 

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En 1968, la production de pétrole saharien est de 36 millions de tonnes, soit 1,5% de la production mondiale.

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En 1998, les seules recettes de l'Algérie sont les hydrocarbures dont ¼ part dans l'importation de produits alimentaires

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La Sonatrach, la « tirelire » du pays, principale source de revenus en devises, la plus grande entreprise algérienne, 120 000 salariés, 12ème compagnie au monde avec un chiffre d’affaires de 80,8 milliards de dollars en 2008, un monopole public qui gère les hydrocarbures et le gaz dans le pays.

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Le 26 juillet 2014, le PDG de la Sonatrach, le 9ème en 15 ans, est limogé