En 1959, Pierre Messmer remet une arme à un musulman membre d’un Groupe d’AutoDéfense. (belle photo de propagande)

Mesmer arme harkis

Le 7 avril 1961, l’Esprit public écrit que « l’Armée française ne trouvera pas moyen de protéger ses harkis, et que ceux-ci seront égorgés. » …

Le mardi 27 juin 1961, au Sénat, M. Jacques de Maupeou demande à M. le Premier ministre quelles sont les raisons qui ont motivé les saisies réitérées de l'hebdomadaire L'Esprit public …

M. Roger Frey,ministre de l'intérieur : « Le Gouvernement a procédé à la saisie de l'hebdomadaire Esprit public, une première fois le 17 mars 1961 … la deuxième fois, le 7 avril dernier … pour un article qui était de nature à nuire au moral de l'armée. »

http://www.senat.fr/comptes-rendus-seances/5eme/pdf/1961/06/s19610627_0545_0567.pdf

En décembre 1961, le ministère des affaires algériennes : « La France faillirait à son honneur si elle ne tentait pas tout en leur faveur. » (à propos des harkis)

Le 17 février 1962, création de la « commission concernant le rapatriement éventuel des personnels (militaires autochtones, réguliers et supplétifs) placés sous le contrôle des militaires » dont le président, le conseiller d’Etat Michel Massenet, préconise d’importants transferts (refusés par Louis Joxe) …

Le 16 mars 1962, télégramme : « Ministre d’Etat Louis Joxe demande à Haut Commissaire rappeler que toutes initiatives tendant à installation métropole Français musulmans sont strictement interdites. En aviser d’urgence tous les chefs de SAS et commandants d’unité. »

Au lendemain du 19 mars 1962, le décret n°62-319 du 20 mars 1962 offre trois solutions aux 28 395 harkis :

- l’engagement dans l’armée régulière, choisi par 6% d’entre eux (1700)

- revenir à la vie civile avec prime de licenciement et de recasement

- reconduire un contrat de 6 mois pour bénéficier d’un temps supplémentaire de réflexion

Ce décret prévoit un délai de réflexion de 6 mois …

Le 3 avril 1962, de Gaulle au Comité des Affaires Algériennes (Paris) : « il faut se débarrasser sans délai de ce magma d’auxiliaires qui n’a jamais servi à rien. » (à propos des harkis)

Le 7 avril 1962 « Pour enrayer pertes armes général CAC ordonne désarmer totalité harkis avant le 9 avril, terme de rigueur CR d’exécution adressé le 8 avril avant 16h00 Harkis pourront bénéficier avenir proche options offertes. »

Dans sa directive du 15 avril 1962, le ministre des Armées Pierre Messmer (le même qui les a armés en 1959) demande le désarmement immédiat de tous les harkis, de ne plus laisser de délai de réflexion et « d’assurer le regroupement sous protection (sic) des unités militaires, harkis et familles qui se sentent menacés et n’auront pas choisi le licenciement … Toutes opérations désarmement doivent être terminées le 15 avril et dissolution toutes harkas 1er mai. »

La note de service du général de brigade Guillard du 16 avril 1962 précise que « une trop large diffusion de cet avantage (le transfert des harkis menacés) risquerait de provoquer un afflux de demandes qui nous conduirait à opérer un tri sévère et à refuser le bénéfice de la mesure pour un nombre important de candidats. » 

Le 19 avril 1962, dissolution de la commission de rapatriement (des harkis Cf. 17 février 1962)

Le 10 mai 1962, après avoir tenu 2 mois, soutenu en partie par la population, le capitaine Gaston est finalement intercepté avec ses hommes, parmi lesquels plusieurs harkis.

Dans un télégramme du 12 mai 1962, Louis Joxe communique au haut commissaire en Algérie Christian Fouchet : « Les renseignements qui me parviennent  sur les rapatriements prématurés de supplétifs indiquent l’existence de véritables réseaux tissés sur l’Algérie et dont la partie algérienne a souvent pour origine un chef SAS Vous voudrez bien faire rechercher tant dans l’armée que dans l’administration les promoteurs et les complices de ces entreprises et faire prendre les sanctions appropriées. Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront, en principe,  renvoyés en Algérie où ils devront rejoindre avant qu’il soit statué sur leur destination définitive le personnel déjà regroupé selon les directives des 7 et 11 avril (1962). Je n’ignore pas que ce renvoi peut être interprété par les propagandistes de la sédition comme un refus d’assurer l’avenir de ceux qui nous sont demeurés fidèles, il conviendra donc d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure ; mais ce qu’il faut surtout obtenir, c’est que le gouvernement ne soit plus amené à prendre une telle décision  »

Le 13 mai 1962, le ministre de l’Intérieur demande à tous les préfets de métropole d’ « adresser la liste nominative de tous éléments harkis arrivés dans le département, en précisant lieux et conditions de leur hébergement, plus l’identité précise des personnes ayant pris initiative de ces installations … Vous renouvelle que vous devez vous opposer à tous projets dans ce domaine en dehors des mesures adoptées par le secrétariat aux rapatriés. »

Le 18 mai 1962, en application de la directive Joxe du 12 mai 1962, Fouchet, haut commissaire de la République en Algérie, émet la note de service suivante : « Le ministre d’Etat chargé des affaires algériennes a appelé l’attention du haut commissaire sur certaines initiatives prises en Algérie pour organiser l’émigration et l’installation en métropole de familles musulmanes désireuses de quitter le territoire algérien Le transfert en métropole des Français musulmans effectivement menacés dans leur vie ou dans leurs biens s’effectuera sous la forme d’une opération préparée et planifiée. J’ai, en conséquence, l’honneur de vous demander de bien vouloir prescrire à tous les cadres placés sous vos ordres de s’abstenir de toute initiative isolée destinée à provoquer l’installation des Français musulmans en métropole »

Dans une note du 19 mai 1962, tous les préfets ont l’obligation de s’opposer à l’implantation d’ex-harkis « qui n’auraient pas fait l’objet d’une décision de transfert  »

Le 22 mai 1962, en conseil des ministres, de Gaulle au secrétaire d’Etat aux rapatriés qui parlait des dispositions concernant un millier de harkis soit environ 5 000 personnes : « Pour les harkis, ne comptez-vous pas un peu juste ? »

Le Figaro du 23 mai 1962 : « Il y a quelques temps, une soixantaine de harkis arrivés à Marseille étaient refoulés et renvoyés en Algérie, leurs papiers n’étant pas en règle (on leur demandait un certificat de travail !). Hier, 55 harkis et leur famille de la région de Palestro ont été également refoulés. »

Le Méridional - La France du 23 mai 1962 : « Sur les quais du port (Marseille), un prêtre. Il est venu de Poitiers Mon père, colonel d’active, est en prison Mes deux frères officiers sont « quelque part » en Algérie, ayant démissionné de l’armée, ils mettent à l’abri leurs anciens soldats. Je suis ici pour accueillir ces musulmans condamnés à mort et pour les orienter, leur trouver du travail et un toit. »

Le 21 juin 1962, de Gaulle signe une directive du comité des affaires algériennes qui interdit : « toute initiative visant à protéger nos forces ou les Français pieds-noirs ou musulmans, sauf en cas de légitime défense ou d’attaque caractérisée. »

Le 5 juillet 1962 c’était quoi ?

En juin 1962, le général Weygand (95 ans) à Paris : « Depuis la proclamation officielle du cessez-le-feu en Algérie, des milliers de Français d’origine musulmane ont péri de la façon la plus horrible pour avoir voulu demeurer jusqu’au bout fidèles à la France. Enfermés dans leurs villages ou détenus dans des camps de concentration, des milliers d’autres sont voués à la torture ou à l’égorgement. Si nous abandonnons sans dire mot, à leur sort affreux les musulmans d’Algérie qui ont fait foi à la parole donnée au nom de la France, l’honneur de ce pays sera perdu. Ce mot, mon titre d’ancien gouverneur (1941) et de commandant en chef en Algérie me fait un devoir de le prononcer à la face du monde en rompant un silence que j’ai voulu observer jusqu’ici. »

Entre le 4 juillet et le 12 octobre 1962, le 81ème R. I. A. a secouru et rapatrié 158 personnes (en plus des membres et des familles des harkis et des moghaznis de Djidjelli), dont 8 Français (parmi lesquels une femme violée) et, en dépit des ordres qui le lui interdisaient, 150 autochtones (20 militaires dont 1 capitaine et 3 sous-officiers, 42 supplétifs et 60 membres de leurs familles, 28 civils dont 1 garde-champêtre et 7 femmes et enfants.

Le professeur d’économie et Chevalier de l’Economie Nationale Maurice Allais, dans l’Algérie d’Evian, paru en juillet 1962, dénonce : « l’abandon d’un million des nôtres et d’un million de ceux qui sont plus que nôtres pour avoir tout fait pour le rester. »

Algérie Evian Allais 1962

Le 15 juillet 1962, télégramme : « Ministre d’Etat Louis Joxe ordonne de rechercher tant dans l’armée que dans l’administration les promoteurs et les complices du rapatriement et de prendre les sanctions appropriées. »

Le 25 juillet 1962, de Gaulle en conseil des ministres : « L’important va être de persuader la plupart des repliés de rentrer en Algérie On ne peut pas accepter de replier tous les musulmans qui viendraient déclarer qu’ils ne s’entendront pas avec leur gouvernement. Le terme de rapatriés ne s’applique évidemment pas aux musulmans ; ils ne retournent pas  dans la terre de leurs ancêtres. »

Note de service  du 24 août 1962 : « Enfin, il y a lieu de ne procéder, en aucun cas, à des opérations de recherche dans les douars de harkis ou de leurs familles. »

En septembre 1962, Thomas Molnas, dans le Journal National Review (USA) : « Pour la honte éternelle de la France, de Gaulle s’est comporté envers la population pro-française d’Algérie -aussi bien d’origine européenne que d’origine musulmane- comme s’il s’agissait de criminels et il a autorisé d’incroyables atrocités perpétrées contre elle par la gendarmerie mobile, tandis que dans le même temps il ordonnait à l’armée de ne pas gêner les sévices, les enlèvements et les massacres du FLN. »

Le 22 octobre 1962, Peyrefitte, pris de remords à la vue du désastre humain que représentait l’exode des Français d’Algérie exposera au « général Président » « le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés  »

De Gaulle répondra sèchement : « N’essayez pas de m’apitoyer ! »

Le 23 ou 24 octobre 1962, le 81ème R. I. A. fait embarquer une trentaine de harkis à Alger, sur le Sidi-bel-Abbès, avec l’accord du commandant.

« Dans la région de Fort-National, nous avons retiré brusquement nos troupes : le 13ème Dragons, le 6ème Hussards, le 27ème B. C. A. Un officier s’est « débrouillé » pour aller chercher deux familles particulièrement menacées à 60 km de là, et les ramener avec lui. … des centaines de lettres apprenant la nouvelle de la mort d’hommes connus, qui étaient des soldats de la France. »

Une enquête d’octobre-novembre 1962 de Jean Lacouture, pour le Monde, aboutit à la conclusion que plus de 10 000 harkis ont été assassinés entre le 19 mars et le 1er novembre 1962 …

Et combien après ?

Le 24 janvier 1963, déclaration de Ben Bella à Europe 1 : « Le problème des harkis ne saurait être résolu par leur envoi en métropole, chacun d'entre eux ayant au moins 5 ou 6 personnes à charge. Ils iraient grossir en France le lot des travailleurs algériens, aggravant les difficultés de ceux-ci. De toute façon, ils restent des citoyens algériens malgré eux, malgré ce qu'ils ont pu faire ces dernières années. Je reconnais que les harkis qui se trouvent dans leur douar d'origine sont en butte à ceux qu'ils ont combattu et doivent être protégés. C'est pourquoi certains ont été mis dans des camps. Ce qu'il faut, c'est absolument éviter que les DÉPASSEMENTS qui ont pu se PRODUIRE se perpétuent ... »

En février 1963, à Saint-Maixent, deux stagiaires d’origine algérienne, les lieutenants Yves Boualam (neveu du bachaga) et Nadjib Karbouch, sont rayés de l’Ecole sans préavis, sur ordre du ministère de la Défense …

Le 8 février 1963, l'ambassade de France, renseignée par ce qui reste de troupes françaises en Algérie, remet aux membres de la mission de la Croix Rouge internationale une liste de 25 camps de concentration où se trouvent des harkis, et une liste nominative des harkis qui s'y trouvent. Seuls quelques centaines seront libérés.

Le 3 juin 1963, Ben Bella protesta, mais un peu tard, contre les massacres de harkis : « Nous avons pardonné aux harkis, leurs assassins seront arrêtés et exécutés. »

« A Alger, il ne reste (en 1963) qu’un mess le « El Ketani », et un autre aux environs de la ville, près du petit port de La Pérouse « Les Ondines ». En y allant déjeuner, Michel Cretin-Vercel (reporter) a assisté à un échange d’urbanités entre un jeune lieutenant et le sous-officier responsable du restaurant :

-       Une tenue correcte est de rigueur, mon lieutenant, il est indispensable que vous mettiez une cravate.

-       Nous sommes dimanche et je suis venu à la plage.

-       Ici, c’est un mess, pas une station balnéaire.

-       L’armée change-t-elle enfin de spécialité et défend-elle maintenant les canons de l’élégance masculine ? Peut-être y réussira-t-elle mieux que dans la défense de ses harkis. »

Le 29 février 1964, lettre de prison du général d’armée Raoul Salan à M. Marcel Pétrement : « Votre longue information sur le recasement des harkis est excellente, surtout comme vous l’avez remarquablement senti, pas de rassemblement, il faut les fondre dans la société française. Je sais que les pères s’y feront mal, les jeunes s’y feront mieux, les enfants feront le reste, et ils seront français normaux.

L’Alsace travailleuse … va gagner là une partie humaine et généreuse réellement unique. … les harkis, ils se heurtent en Provence à des mécomptes sans nombre, mécomptes pour beaucoup dus au fait que l’on veut rassembler, alors qu’il faut disperser. Ce n’est qu’en prenant vos méthodes que nous incorporerons les harkis dans nos communes … »

Le 22 août 1966, lettre de prison du général Salan à M. Pétrement : « … toute l’aide que vous avez apportée à ces braves gens chassés de cette Algérie qui était leur terre. Ils ont pu dans cette Alsace … se recaser, et repartir pour une nouvelle existence. »

Jacques Soustelle, dans 28 ans de gaullisme, paru en 1968 : « 5 000 Européens « disparus » dans les semaines qui ont suivi l’abandon -hommes condamnés à la mort lente, au travail forcé, femmes et jeunes filles livrées à la prostitution -150 000 Musulmans torturés, émasculés, écorchés vifs, bouillis, mutilés, coupés en morceaux, écartelés ou écrasés par des camions, familles entières exterminées, femmes violées et enfants égorgés, tel est le sinistre bilan  »

1962 04

 

nombre officiel

Le Parlement Européen a reconnu le génocide arménien (1915-1916) le 18 juin 1987, soit 71 ans après.

Le 7 novembre 2000, soit 13 ans après, le Sénat adoptait une proposition de loi : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. ». soit 85 ans après.

Il existe un Institut de l'Holocauste et des génocides (situé à Jérusalem) et un Institut pour l'étude des génocides (situé à New York) :

Ne pourrait-on faire reconnaître le génocide des harkis en 1962-1963 (100 à 200 000 personnes) ?