Le terme « barbouzes » a été inventé par Dominique Ponchardier, agent secret et écrivain à qui on doit le personnage du gorille 

Ponchardier

 

http://manifpn2012.canalblog.com/archives/2010/09/30/19208307.html

barbouzes dessin

 

Sources : Le crapouillot avril 1987, le site exode1962.fr

En octobre 1961, l’avocat Pierre Lemarchand met en place les modalités de lutte contre l’OAS avec le ministre de l’Intérieur Roger Frey et Alexandre Sanguinetti, adjoint au cabinet du ministre.

Début novembre 1961, les premiers barbouzes arrivent à Alger …

Le 13 novembre 1961, une centaine d’hommes est lâchée dans la ville pour infiltrer l’OAS.

Le 20 novembre 1961, les barbouzes commencent une série d’attentats au plastic contre des bars fréquentés par des partisans de l’OAS : le Tantonville, l’Otomatic, le Cheval blanc, puis le Joinville, le Coq hardi, le Viaduc …

Dans « France-Soir » du 2 décembre 1961, sous le titre « Les « barbouzes » arrivent », Lucien Bodard, définissait leur mission :

« Très prochainement, les autorités vont employer les principes de la guerre secrète contre l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS)…

L’objectif c’est de décapiter l’OAS en arrivant à détecter et à capturer les 10 hommes qui, à eux seuls, l’ont créée et l’animent …

En réalité, les événements de ces derniers mois ont prouvé que le gouvernement était trahi dès qu’il voulait faire procéder à l’arrestation des chefs de l’OAS en se servant des moyens normaux…

Cette force de choc sera indépendante.

Les nouvelles formations anti-OAS ne feront partie d’aucune hiérarchie classique.

Ce seront des organismes autonomes, sans sujétion à l’égard des autorités normales, agissant par leurs propres moyens et ne dépendant que des instances les plus hautes.

Ils agissent largement en dehors de l’armée et de la police.

Avant tout, cette nouvelle force sera secrète.

Un secret absolu couvrira les activités et surtout l’identité des membres des formations anti-OAS.

Cette force appliquera les méthodes des commandos et de la guerre secrète.

Il s’agira non seulement pour elle d’avoir des « tuyaux » mais de les exploiter immédiatement et de façon décisive.

Tout se passera sans papiers, sans rien.

Les transmissions et les communications seront réduites au minimum, de façon à ne pas donner l’alerte. »

Cet article qui souleva l’indignation et l’inquiétude de la population européenne d’Algérie sous-entendait, en réalité, qu’il ne s’agissait pas, là, des barbouzes déjà en place et que les « Delta » du Lieutenant Degueldre, à Alger, traquaient sans répit,  mais d’une nouvelle vague d’arrivants bien plus redoutables … 

Le 5 décembre 1961, 200 commissaires et inspecteurs de police de métropole arrivent à Alger : la « force C », préparée en grand secret par Michel Hacq, directeur central de la Police Judiciaire au ministère de l’Intérieur et installée dans les locaux de l’école de police de Hussein Dey et gardée par les chars de la gendarmerie mobile.

barbouzes réunion

 

Le 12 décembre 1961, première opération d’envergure menée par les commandos Delta contre une villa rue Séverine dans le quartier de la Redoute : Bitterlin et Goulay sortent de la villa à bord d’une Mercedes, les Delta ouvrent le feu, Bitterlin et Goulay sont atteints, Goulay, sérieusement blessé, est hospitalisé à l’hôpital Maillot.

Quelques jours plus tard, Bitterlin va le voir en compagnie de Lemarchand, de passage à Alger : une 403 de l’OAS ouvre le feu sur eux ; la foule de Bab-el-Oued s’en prend aux barbouzes et il faudra l’arrivée d’un commando de la force C pour dégager les hommes de Bitterlin.

Le 13 décembre 1961, trois ingénieurs de la SN-REPAL (pétrole), soupçonnés d’être des membres de l’OAS, sont kidnappés par les barbouzes et torturés par les Vietnamiens de Jim Alcheik (professeur d’état en karaté 2ème dan, kendo 2ème dan, ju-jitsu 2ème dan, judo 3ème dan, aïkido 4ème dan, responsable de la Fédération Française d’Aïkido Karaté) : ils seront relâchés « vivants ».

Le 22 décembre 1961, le barbouze Claude Veillard fait sauter le restaurant le Grand rocher, repaire de cadres de l’OAS : 12 morts.

Le 31 décembre 1961, un commando Delta, qui a repéré une planque de barbouzes rue Faidherbe, expédie 7 roquettes sur la façade de la villa. Après 20 minutes de fusillade, les Delta se retirent. Bilan : 1 mort de chaque côté.

Les barbouzes pensaient être là pour détruire l’Organisation, mais désormais il s’agissait pour eux de survivre aux attentats de celle-ci.

Le 10 janvier 1962, Jacques Dauer, devant la tournure des événements (actions terroristes des barbouzes et répliques de l’OAS), licencie Bitterlin qui renomme son groupe Le Talion.

Le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, interdit à Bitterlin et ses adjoints de rejoindre Alger, mais les barbouzes continuent leurs attentats au plastic.

Bitterlin

 

Le 29 janvier 1962, Degueldre, est prévenu de l'arrivée au port de matériel d'impression destiné à la villa Andréa, 8, rue Fabre, à El-Biar, antre barbouze. A l'heure dite, le mandataire livre le matériel ... préalablement lesté de 90 kilos d'explosifs.

Quelques minutes après son départ, l'engin explose : 19 barbouzes (dont Alcheik et les Vietnamiens de son équipe) périssent dans l'attentat qui, miraculeusement, permet à la police, arrivée sur les lieux, de libérer 3 prisonniers voués à une mort plus que probable après interrogatoire : Jacques Gosselin (qui n’était pas membre de l’OAS), Henri Vinent et Alexandre Tislenkoff, responsable de la diffusion des émissions pirates sur Alger.

Bitterlin demande des renforts que Lemarchand recrute parmi la pègre marseillaise.

Le 12 février 1962, traqués, les rescapés d'El-Biar, au nombre de 25, se replient sur l'hôtel Radjah, près d'un quartier arabe où ils se sentent davantage en sécurité.

Dès le 14 février 1962, une première équipe de 3 Deltas attaque la villa.

Le 18 février 1962, à l’aube, deux half-tracks pleins de commandos de marine (en fait les Deltas de Jésus de Bab-el-Oued) arrivent devant la villa : les deltas ouvrent le feu au bazooka et au FM … Une équipe de barbouzes accompagne ses blessés à l’hôpital Maillot : elle est décimée dès sa sortie de l’hôpital dans une embuscade des Deltas qui les avait suivis.

Le 27 février 1962, des barbouzes, dont plusieurs d’origine vietnamienne, font irruption dans les locaux du service du personnel des usines Berliet à Rouiba brandissant des cartes de police (fausses) et emmènent l’ingénieur Petitjean, métropolitain venu travailler en Algérie : nul ne devait le revoir vivant …

Une grève fut déclenchée par le Syndicat des Transporteurs pour obtenir sa libération, M. Camatt, directeur de l’usine, multiplia les démarches, en vain.

Le 8 mars 1962, Roger Frey, ministre de l'Intérieur, ordonne d'arrêter « l'expérience » : l'OAS a gagné la partie contre les barbouzes.

Aux environs du 16 mars 1962, la Délégation Générale publie un communiqué où elle réaffirme qu’il n’y a pas de polices parallèles en Algérie.

Un mois après l’enlèvement de l’ingénieur Petitjean, des petits bergers arabes jouant dans un terrain vague entre Orléansville et Charon alertent la gendarmerie : ils venaient de découvrir un sac contenant le corps d’un homme découpé en morceaux. Les gendarmes, arrivés sur les lieux, identifièrent la victime : l’ingénieur Petitjean, qui avait atrocement torturé à l’acide. Les gendarmes firent un rapport et reçurent ordre de ne pas ébruiter l’affaire …

En 1962, Jacques Soustelle publie l’espérance trahie aux éditions de l’Alma : il estime que le tiers des actes de violence imputés à l’OAS provient en fait de provocateurs barbouzes …

« Un barbu c’est un barbu, trois barbus c’est des barbouzes. » les barbouzes film de 1964 de Georges Lautner

affiche film Lautner 1964

 

http://www.youtube.com/watch?v=S3GzfqCRwE8

En 1968, des fouilles dans les jardins des villas mettent à jour une trentaine de squelettes dont certains ont le crâne percé.

En 1972, Bitterlin publie, aux éditions du Palais-Royal, une Histoire des barbouzes : « Les membres du MPC (Mouvement Pour la Coopération) étaient payés secrètement sur les fonds de la Délégation générale du gouvernement en Algérie (délégué Jean Morin) par l’intermédiaire d’une société commerciale fictive. »

Sous le premier septennat Mitterrand, et jusqu’au début 1987, Bitterlin sera membre du conseil d’administration de l’Institut du Monde Arabe … 25 ans plus tard le directeur de l’Institut n’est autre qu’un certain Jack Lang …

En 1994 (nouvelle édition en 2001), Raymond Muelle publie 7 ans de guerre en France aux éditions du Patrimoine : il estime que pour les trois premiers mois de l’année 1962 en Algérie, sur les 435 Européens disparus attribués au FLN, une bonne centaine peut en fait être attribuée aux organisations semi-clandestines du pouvoir gaulliste.

De Gaulle pouvait-il ne pas être au courant de l’existence et des agissements des barbouzes ?

barbouzes OAS coupé