extraits de l'ouvrage Leclerc et ses hommes Par Pierre Nord éditions G. P. bibliothèque rouge et or juillet 1952

« Pour que la France libre ne soit pas une bande de mercenaires, il lui faut la base matérielle de tout Etat : un territoire, des citoyens, des soldats.

Pour libérer la métropole, sauter un jour en Europe, il y a deux tremplins : les Iles Britanniques et l’Afrique du Nord. L’A. F. N., c’est nous. Ce serait une faillite que les alliés dussent la conquérir. Il faut à tout prix que nous les y accueillions, et que nous la prêtions à la cause commune.

L’A. E. F…. guère plus d’une dizaine de milliers de Français. Quantitativement, la population d’un gros bourg. Mais, qualitativement, tous gens d’action, de lutte, d’aventure. Médecins combattant le fléau de la mouche tsé-tsé, -constructeurs de ports, -bûcherons et défricheurs de brousse, - bâtisseurs de ponts et de villes, - chasseurs de grosses bêtes, - prêtres missionnaires, - administrateurs coloniaux et soldats. »

Sauf la population, on pourrait en dire autant de l’Algérie !

« Jamais aussi peu d’hommes (400) n’auront autant fait pour relever le moral de tant d’autres (plus de 40 millions). Car l’on finit par apprendre la prise de Koufra (le 1er mars 1941), même à Paris, même à Vichy …

C’est alors que commence le lent mais constant glissement des officiers restés en France, vers l’Afrique.

C’est alors que les réseaux de Résistance naissants et les filières d’évasion reçoivent leur premier gros afflux de volontaires. Le groupe qui devenait devenir, en 1943, le réseau Eleuthère … passe en quelques semaines de 11 à 87 membres.

… nous savons, pour l’avoir vécu, que Leclerc fit, à distance, reprendre les armes à des dizaines de milliers d’entre nous … »       

Pour mémoire, 340 000 soldats français étaient à Londres avant de Gaulle : seulement 200 000 le rejoindront après son appel (du 18 juin 1940) …

« L’armée d’A. F. N. est donc rentrée dans la guerre. Aux ordres du général Juin [un pied-noir], elle a, d’emblée, « fait des étincelles ». Mal armée et mal équipée, elle a porté toute seule le poids de la guerre de Tunisie, pendant quatre mois. Avec ses seules armes, à la baïonnette, à la grenade, au couteau, elle a conquis la barrière montagneuse entre l’Algérie et la Tunisie …

… les Français d’A. F. N. ; par exemple, en entier, le bataillon du commandant Putz, issu de ce magnifique Corps Franc d’Afrique hâtivement formé de volontaires d’Algérie, qui, bien qu’il fût à pied et faiblement armé, entra le premier dans Bizerte, avant les Américains. » [le 7 mai 1943]