Extraits de l’ouvrage Les pères blancs du cardinal Lavigerie par Paul Lesourd chez Grasset 1935

Cardinal_Lavigerie

Né le 31 octobre 1825 à Bayonne (grand-père maternel directeur de la Monnaie à Bayonne, père contrôleur des Douanes)

A 16 ans il entre au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris sous la direction de l’abbé Dupanloup.

Il obtient 3 doctorats et professe 6 ans durant, y compris à la Sorbonne.

En 1856 il est à la tête de l’œuvre des Ecoles d’Orient.

En septembre 1860 il embarque pour la Syrie, son premier contact avec l’Islam, avec la terre musulmane.

Pendant trois mois il sera pour la première fois missionnaire, et, de ces trois mois, date l’orientation future de sa vie, l’expérience et la grande perspective qui lui feront un jour accepter l’archevêché d’Alger.

« S’il comprit que Dieu le voulait à Alger, et s’il obéit, c’est qu’en Syrie … il avait « senti se ranimer en lui » la flamme de l’apostolat missionnaire.

A la lueur de cette flamme, in entrevit la grande perspective qui l’attira en Afrique et qu’on peut définir dans une formule très simple : sauver l’Afrique de la barbarie musulmane en lui apportant la civilisation chrétienne. »

… décoré de la Légion d’honneur à son retour de Syrie.

Le 5 mars 1863, il est nommé évêque de Nancy … Il n’avait pas 38 ans. Il était le plus jeune évêque de France.

… Mac-Mahon, gouverneur militaire de Nancy quand Lavigerie y était arrivé, était devenu, en 1864, Gouverneur de l’Algérie, et lui offrit l’archevêché d’Alger.

Lavigerie se donna 24 heures de réflexion, de méditation, de prières …

Napoléon III : « C’est un prélat trop ardent pour un pays musulman où les questions religieuses doivent être traitées avec un tact infini. »

Ce tact, c’était, dans l’esprit de Napoléon III, non seulement le respect intégral et scrupuleux, mais la protection de l’Islam en Algérie. C’était l’absence de toute tentative d’apostolat auprès des musulmans, l’évêque ne s’occupant que des colons européens …

Or, Lavigerie n’avait, lu, accepté si rapidement ce poste d’Alger, que parce que son zèle lui avait fait d’emblée sentir vivement, de son propre aveu, « la honte, pour la nation française, d’être restée près de quarante ans en présence d’un peuple musulman qui lui était soumis, non seulement sans chercher à le convertir à la foi, mais en empêchant même qu’aucune tentative fût faite dans ce sens par le clergé catholique. »

… une plus grande perspective que la christianisation de l’Algérie l’attirait en Afrique … « l’Algérie n’était qu’une porte ouverte par la Providence sur un continent de 200 millions d’âmes. »

De cette crosse, il frappa la terre algérienne pour en ressusciter les gloires chrétiennes : « Qu’elle était grande, cette église africaine, avec ses 700 évêques, ses temples innombrables, ses monastères, ses docteurs ! Son sol fumait du sang des martyrs … »

… il voulait persuader les indigènes de l’Afrique du Nord que le temps où leurs aïeux étaient chrétiens avait été, pour leur pays, des siècles de gloire, et que les siècles de deuil qui avaient suivi étaient dus à l’Islam. »

« … si tu as promis de respecter, dans ce peuple, le sanctuaire de la conscience, tu n’avais pas le droit d’humilier, comme tu l’as fait durant tant d’années, la croix devant le croissant … »

« Tu pourrais, à toi seul, faire tourner la moitié du monde » disait à Lavigerie un chef arabe …

Au jour de sa prise de possession du siège archiépiscopal d’Alger, Lavigerie avait réclamé des musulmans de l’Algérie, des Arabes et autres indigènes … le privilège de les aimer comme ses fils, alors même qu’eux ne le reconnaîtraient pas pour Père.

Il déclarait qu’en attendant l’heure décisive où il n’y aurait plus, en Algérie, qu’un seul peuple, un seul pasteur et un seul troupeau, il ne cesserait de prier pour eux, de les aimer et de le leur prouver en leur faisant du bien.

Quelques mois après, une famine terrible qui bientôt engendra la peste et le choléra désolait l’Algérie … Les Arabes moururent par centaines de mille …

Lavigerie … organisa des dispensaires, des distributions de nourriture et des secours divers.

Ces orphelins –près de 2000 recueillis …

Pour eux, il acheta des terrains qu’il leur apprit à cultiver …

Lavigerie, dans ses rêves d’avenir, dans ses projets de constructeur, de fondateur d’empire chrétien, voyait des villages d’Arabes chrétiens se formant peu à peu dans ces milliers d’hectares qu’il possédait près du Cheliff.

… vallée du Cheliff où, en 1868, il avait acheté 1600 hectares …

Les orphelins furent avec les premiers Pères Blancs les metteurs en œuvre, les défricheurs et les constructeurs, sur les bords de l’Harrach, du domaine dit « Maison Carrée » acheté par Lavigerie le 10 février 1869 …

… les insurrections et les graves événements de 1870 brisèrent ces espérances … deux seulement de ces villages purent être créés et encore incomplètement.

Le premier des villages fut Saint-Cyprien-des-Attafs, inauguré en 1873. Là où il n’y avait rien … il y eut, groupées autour d’une église, des maisons tirées au sort par les nouveaux ménages qui en devenaient propriétaires sans bourse délier. On leur donnait, en même temps, un lopin de terre, des bœufs et du matériel agricole. Ce qui arrachait cette exclamation à un vieil Arabe des montagnes … « Depuis que le monde existe, on n’a jamais vu que Dieu et ce marabout chrétien donner ainsi pour rien à des enfants abandonnés, les terres, les maisons et les bœufs. »

« Notre village n’a point de gendarmes, ni de prisons, ni même encore de maire, et néanmoins, on n’y voit jusqu’ici ni troubles ni désordres.

… les Sœurs Blanches prenaient soin des femmes, leur enseignant la cuisine et les soins du ménage. Bientôt les missionnaires ouvrirent une école, puis un dispensaire, enfin un hôpital où les indigènes des tribus d’alentour étaient soignés gratuitement.

Un second village placé sous le patronage de Sainte-Monique fut créé en 1875, à côté de Saint-Cyprien. Une soixantaine de ménages étaient répartis entre les deux villages …

On essaya de prétendre que les Arabes des Attafs voyaient ces créations d’un mauvais œil ; mais aussitôt le caïd indigène écrivait à Lavigerie : « Nous avons entendu dire que des menteurs ont rapporté que les gens des Attafs avaient parlé contre toi parce qu’ils n’aiment pas ton voisinage. Eh ! bien, Seigneur, ces affirmations sont mensongères … Nous t’aimons et nous aimons ton voisinage, parce que nous n’avons vu de toi que du bien et que le bien que tu as fait chez nous est indiscutable. »

Le correspondant d’un grand journal parisien déclarait, en 1885, après avoir visité Sainte-Monique, que « s’il y avait en Algérie beaucoup de villages de ce genre, la question algérienne serait résolue. »

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