D’après, entre autres, un article de Gilles Heuré dans Télérama n° 2834 du 5 mai 2004

L’expression « la blessure jaune » est du commandant (parachutiste dans la Légion Etrangère) Hélie (Denoix) de Saint-Marc (né en 1922), à propos des coups de crosses sur les doigts que ses hommes doivent donner aux villageois et partisans Tho qui voulaient monter dans leurs camions en 1950 …

Douze ans plus tard, d’autres soldats français agiront de même avec les harkis ou supplétifs musulmans en Algérie …

La seconde guerre mondiale prend officiellement fin le 2 septembre 1945. Ce même jour, Ho Chi Minh proclame l’indépendance de la République démocratique du Viet-Nam.

Le 23 novembre 1946, avec l’ « affaire » d’Haiphong, le conflit larvé depuis 1 an se transforme en véritable guerre, qui allait durer 8 ans …

Le 7 mai 1954, la garnison française qui occupait la « cuvette » (en fait vallée de 18 km de long sur 8 de large) de Diên Biên Phu depuis 6 mois était vaincue par le Viet-minh.

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Si cette bataille a autant marqué les esprits, c'est autant par les conditions dans lesquelles elle s'est déroulée - 55 jours de combats acharnés, où, vers la fin, 3000 soldats français encore valides (15 000 hommes étaient engagés au début) tentent de repousser des fantassins vietnamiens supérieurs en nombre (près de 40 000) - que par les incohérences stratégiques et la cécité politique qui y ont présidé.

L'installation des troupes à Diên Biên Phu, verrou censé protéger le Laos, avait aussi pour objectif de "casser du Viet" dans une bataille traditionnelle.

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C'est tout le contraire qui s'est déroulé, l'ennemi parvenant contre toute attente à acheminer de l'artillerie sur les collines environnantes et à enfermer des milliers d'hommes dans une nasse dont ils ne pourront s'échapper.

Une commission d'enquête militaire est chargée en avril 1955 d'établir les responsabilités des principaux protagonistes de cette tragédie.

Elle est présidée par le général Catroux (né en 1877, gouverneur général de l’Algérie en 1943-1944, ministre de l’Afrique du Nord de septembre 1944 à octobre 1945, nommé ministre résident en Algérie en 1956 les manifestations du 6 février à Alger -la fameuse journée des tomates- l’amènent à renoncer à ce poste).

Si les divergences tactiques entre les généraux Navarre et Cogny étaient connues depuis longtemps, la commission, auditionnant colonels et commandants d'unité, aboutit à une conclusion somme toute très réglementaire : Cogny aurait dû ne pas s'écarter des décisions de son supérieur hiérarchique.

Le général Henri Navarre (né en 1898), de 1940 à 1942 il est chef du 2ème Bureau du général Weygand à Alger, général de brigade en 1945, général de corps d’armée en 1952), commandant en chef des forces françaises en Indochine (il remplace le général Salan en mai 1953), doit répondre de l’occupation de Diên Biên Phu : il n’assume rien, rejette sur Cogny les responsabilités de cette gabegie. A l’en croire, personne dans l’armée n’a eu l’idée saugrenue d’enliser des dizaines de bataillons dans cette vallée qu’aucune route ne relie.

Le général René Cogny (né en 1904), commandant des forces militaires du Tonkin (il remplace le général de Linarès en mai 1953, Linarès qui servit en Algérie de 1930 à 1936 et commanda le 3ème RTA de décembre 1943 à août 1944), doit répondre d’avoir mal soutenu : il s’en tire un peu mieux, qui ose mettre en cause son chef.

Le grand muet est le général (il est nommé pendant la bataille) Christian (de la Croix) de Castries (né en 1902), commandant le camp retranché, qui doit répondre d’avoir mal défendu sa position : il a quitté l’armée après le désastre.

Le lieutenant-colonel Charles Piroth (48 ans, vétéran de la campagne d’Italie), commandant l’artillerie française à Diên-Biên-Phu, se suicidera (à la grenade) en constatant l’inefficacité de ses pièces contre les canons vietminhs.

De Diên-Biên-Phu, le réalisateur Pierre Schoendorffer a tiré un film sorti en France en 1992.

Cette retentissante défaite, qui engloutissait l'élite du corps expéditionnaire (3000 morts ou portés disparus, 8000 prisonniers qui rentreront brisés après les accords de Genève, signés le 21 juillet 1954 et dont le non-respect -ça ne vous rappelle rien ?- allait entraîner la guerre du Vietnam), allait sonner le glas de la présence française en Indochine …

… Et en Afrique du Nord, et donc en Algérie.

Le 11 mai 1954, Christian Fouchet, alors député RPF de la Seine, déclare à l’Assemblée Nationale : « Savez-vous que dans les boîtes aux lettres de Casablanca, certains Français trouvent de petites cartes postales sur lesquelles il est écrit : Casablanca sera le Dien-Bien-Phu des Français » ? Savez vous que, dans le Sud Tunisien, s’organise une véritable dissidence à laquelle nous avons à faire face ? »

Le 29 mai 1954, au Caire, Ben Bella et huit autres « chefs historiques » signent le « charte d’Union des Commandos Nord-Africains ». Ils viennent de fonder le CRUA, organisme de direction du tout nouveau FLN.

Le 1er novembre 1954, moins de 6 mois après la défaite de Diên Biên Phu, en Algérie, commence une nouvelle guerre qui allait, elle aussi, durer 8 ans …

D’une part, cette défaite de Diên Biên Phu montrait aux « rebelles » que l’armée française pouvait être battue, surtout sur un sol « étranger ».

D’autre part, l’élite de cette armée française pansait ses plaies (morts, blessés, prisonniers) et un nouvel « effort de guerre » (mobilisation des hommes, coût …) s’avérait beaucoup plus difficile …