Les 31 octobre et 2 novembre 2012, je vous faisais partager « les sauterelles » d’Alphonse Daudet

http://manifpn2012.canalblog.com/archives/2012/10/31/25464793.html

Aujourd’hui un article de l’annuaire Mathieu (de la Drôme) de 1890 intitulé « Les criquets en Algérie »

Le printemps de l’année 1889 a été marqué en même temps, en Algérie, par une effroyable invasion de criquets, et dans plusieurs départements français, par une invasion non moins redoutable de hannetons …

Pour l’Algérie, les invasions de criquets ne sont pas une nouveauté. C’est un fléau séculaire qui, de temps en temps, ravage tout le pays. Des essaims innombrables de ces voraces insectes couvrent des plaines entières et détruisent toute la végétation, avant que le vent du midi les pousse vers la mer. Alors le pays est ruiné et réduit à la famine pour une année.

Jusqu’à ces derniers temps, les populations algériennes n’avaient tenté aucun moyen sérieux pour arrêter ou détruire ces redoutables ennemis. Les Arabes se résignaient, au nom de leur dogme fataliste : « C’était écrit. » Les colons chrétiens eux-mêmes, en dépit de leur maxime contraire « Aide-toi ! » n’osaient rien entreprendre. Cette année, pour la première fois, ils ont essayé de plusieurs moyens de défense qui ont suffi non à maîtriser le fléau, mais à l’atténuer notablement dans plusieurs centres de colonisation. La ville et les environs de Constantine seuls ont été envahis avec une intensité tellement inouïe que la résistance a été presque impuissante.

Les essais tentés par l’administration et par les particuliers pour combattre l’invasion des criquets ont créé un précédent précieux dont il importe de tenir compte, parce que l’on peut en espérer de bons effets pour l’avenir ;

Deux sortes de moyens sont à l’ordre du jour : les uns visent à détruire les criquets, les autres à en prévenir l’éclosion. Ces derniers, de l’avis des hommes compétents, sont les plus efficaces ; c’est de ce côté que doit se porter à l’avenir le principal effort de l’administration et des colons. Le moyen le plus usité de destruction consiste à tendre au devant des nuages de criquets des écrans en toile soutenus par des piquets et à creuser au-dessous des fossés dans lesquels on enfouit par monceaux les criquets abattus par les toiles. Ce procédé, usité précédemment dans l’île de Chypre, nécessite un concours considérable d’hommes : les garnisons ont prêté à cet effet leur concours aux populations envahies ; on a ainsi détruit des essaims énormes de criquets ; mais le résultat a été très insuffisant, comparé aux dépenses et aux travaux qu’il nécessite. La dépense n’a pas été moindre de 5 millions en 1889.

L’autre moyen, qui consiste à rechercher et à détruire les œufs de l’ennemi vers la fin de l’hiver, avant l’éclosion, dans les localités originaires, n’a pas non plus donné toute la satisfaction désirée ; mais il y a lieu d’espérer mieux pour l’avenir. En effet, les chercheurs d’œufs avaient leur apprentissage à faire dans ce genre de recherches tout nouveau pour eux. Il se peut qu’une année ou deux soient nécessaires pour découvrir les principaux foyers d’éclosion de ces formidables engeances et pour les anéantir sur place. C’est dans les plaines sablonneuses voisines des montagnes de l’Atlas que se concentrent les premières recherches. Les premières éclosions, si on les surveille de près, révèleront probablement aux chercheurs les foyers les plus féconds, où devra se pratiquer leur genre de découverte et de destruction.

sauterelles 1889