En hommage à Madame Claude Raymond, qui fut secrétaire du général Jouhaud durant la période OAS-Oran, et, plus près de nous, présidente des Amitiés Oraniennes / L’Echo de l’Oranie, décédée le 21 mars 2013.

Edmond Jules René Jouhaud naît le 2 avril 1905 à 16h00 à Bou Sfer, à 20 km d’Oran, de Julien Jouhaud, instituteur né en 1865, et de Marie Elisabeth Bertrande Duclos, institutrice née en 1865.

Le 26 juin 1937, à Paris 14ème, il se marie avec Odette Adrienne Dumas.

« Ce n’est pas un Français comme vous et moi. C’est un pied-noir. » répondit de Gaulle à J. R. Tournoux (son biographe) à propos d’Edmond Jouhaud, ancien résistant, général d’armée (5 étoiles).

C’est sur la demande de René Pleven que les généraux Salan et Jouhaud lui remettent, le 26 avril 1958, un mémorandum exigeant du gouvernement qu’il s’engage solennellement à ne jamais tolérer que l’Algérie « cesse de faire partie intégrante de la France. »

Le 22 mai 1958 le Comité de Salut Public, devenu Comité Central pour l’Algérie et le Sahara, est constitué. Il a deux présidents : le général Massu et le docteur Sid Cara. Les vice-présidents en sont le général Jouhaud, commandant la 5ème région aérienne, Léon Delbecque et Azem Ouali, président de l’Association des maires de Grande-Kabylie. Les secrétaires sont René Denis, le capitaine Renault et le docteur Lefebvre. Sept personnalités reçoivent le titre d’attachés de liaison. Parmi elles, Alain de Sérigny (directeur de l’Echo d’Alger) et Martel.

Le 27 mai 1958, de Gaulle : « J’attends des forces terrestres, navales et aériennes présentes en Algérie, qu’elles demeurent exemplaires sous les ordres de leurs chefs : le général Salan, l’amiral Auboyneau, le général Jouhaud. A ces chefs, j’exprime ma confiance et mon intention de prendre contact avec eux. »

Le 22 janvier 1959, Edmond Jouhaud participe à un comité des affaires algériennes où de Gaulle lui demande : « Jouhaud, n’est-ce pas que c’est moi qui ai raison dans la politique algérienne ? » Jouhaud lui répond : « Mon général, je suis navré, mais je suis en désaccord avec vous. »

Et le général de Gaulle dira un jour au général Ollié : « Jouhaud m’a bien énervé avec sa franchise mais il a eu le courage de me dire ce que tous les autres pensaient. »

Après le discours sur l’autodétermination du général de Gaulle du 16 septembre 1959, le général Jouhaud exprime son opposition.

Le 16 juin 1960, à Alger, suite à une réunion entre ex-FNN et ex-UNR, naissance du Front Algérie Française (FAF) …

Doublé d’une structure clandestine, le FAF réussit à nouer des contacts avec quelques officiers de confiance, dont le général Jouhaud, le capitaine Sergent et le lieutenant Degueldre …

Le 15 octobre 1960, le général Jouhaud, qui a sollicité une retraite anticipée, revient en Algérie.

Le 15 novembre 1960, à Alger, Legros rencontre Jouhaud ; Legros est accompagné de M. Gérard, ingénieur-chimiste, président de l’Amicale des Artilleurs Coloniaux, capitaine de réserve lui aussi et animateur du CANAC … objectif : la création d’une République Française d’Algérie !

Le 28 novembre 1960, Legros retourne à Alger rencontrer Jouhaud …

Le 7 décembre 1960, Legros retourne à Alger, accompagné de Jérôme, rencontrer Jouhaud …

Le 14 décembre 1960, Jouhaud se rend à Paris : à Orly l’attendent Legros, Jérôme et le commandant Leroy, ancien aide de camp de Jouhaud. Il se rend chez M. Frey. Auparavant il avait déjeuné avec Legros et Jérôme. Jouhaud fixe ses conditions : respect de la souveraineté française, exécutif commun aux 2 communautés, présence de l’armée et du drapeau français …

Alexandre Sanguinetti, collaborateur de Frey, essaye lui aussi de convaincre Jouhaud.

Le 22 avril 1961, c’est le putsch des généraux.

Les généraux, tous 5 étoiles, se sont partagé les tâches : Challe a le commandement militaire, Salan les affaires civiles, Zeller les affaires économiques et Jouhaud la logistique.

Le 24 avril 1961, les généraux Salan, Jouhaud, Challe, Zeller, Petit, Gardy et les colonels Argoud, Broizat, Gardes et Godard sont destitués.

Dans la nuit du 25 au 26 avril 1961, les généraux Salan et Jouhaud quittent Zéralda et le 1er REP pour trouver refuge chez un colon proche de Martel.

Le 20 août 1961 le général Edmond Jouhaud, « Soleil bis » ou « compagnon » dans l’Organisation, et ses adjoints militaires, le chef de bataillon Julien Camelin, du 5ème REI, le lieutenant de Vaisseau Pierre Guillaume (métro) dit « le crabe-tambour » … rejoignent Oran pour prendre le commandement de l’OAS : l’arrivée de Jouhaud n’est pas très bien vue par certains civils à qui l’autorité va échapper.

Le 6 février 1962, les Oranais découvrent une édition spéciale de l’Echo d’Oran, avec Salan en couverture et un éditorial de Jouhaud inversé pour faire croire à une édition pirate pour éloigner les soupçons : les 20 000 exemplaires sortis des presses s’arrachent.

Echo-Oran 06 02 1962

Le 25 mars 1962, à Oran, les forces de l’ordre, selon certaines sources renseignées par un sympathisant OAS « interrogé » à Paris, mais plus sûrement suite aux intenses perquisitions pour retrouver un poste émetteur de l’Organisation, encerclent totalement le centre d’Oran et la place des Victoires, et donc l’immeuble du Panoramic, boulevard du Front-de-Mer, qui se trouvait à l’intérieur de ce périmètre : au 14ème étage, après une courte bataille, Jouhaud et ses 2 adjoints, le commandant Camelin et le lieutenant de vaisseau Guillaume (le « crabe-tambour »), ainsi que Mademoiselle Claude Raymond, alias « Cléopâtre », secrétaire du général Jouhaud, sont arrêtés.

Après son arrestation il sera remplacé comme adjoint de Salan par  le colonel Antoine Argoud ( « Albatros ») et par Gardy à la tête de l’Oranie

Le 27 mars 1962, Edmond Jouhaud est incarcéré à la Santé, dans des conditions scandaleuses dans le quartier où naguère se trouvaient les détenus FLN.

Le 2 avril 1962, le chef de l’Etat signe le décret renvoyant Edmond Jouhaud devant le haut tribunal militaire.

Le 11 avril 1962, le Haut tribunal militaire se réunit pour juger Edmond Jouhaud. 

Le 13 avril 1962, à 22h00, Edmond Jouhaud est condamné à mort.

Le 23 mai 1962, Pierre Messmer, ministre des armées, demande 48 heures pour faire exécuter Jouhaud, premier sursis qui reporte l’exécution au samedi 26 à l’aube.

Le 24 mai 1962, le premier ministre Georges Pompidou : « Tant que je serais à la tête du gouvernement, Jouhaud ne sera pas fusillé.

- Alors, allez-vous en ! répond de Gaulle

- J’y suis prêt, mon général ! »

Le 25 mai 1962, dans la soirée, de Gaulle s’incline : Jouhaud est sauvé.

Le 19 juin 1962, de sa cellule, le général Jouhaud écrit :

« Il faut chercher avec nos ennemis d’hier un terrain d’entente qui permette à tous les Français de continuer à vivre sur leur terre natale en toute dignité.

Il importe que l’action de l’OAS cesse au plus tôt.

C’est son chef qui le demande à ceux qui se sont mis sous ses ordres. »

Le même jour, de la prison de Fresnes, le général Salan écrit :

« Mes amis d’Algérie,

… je conseille aux Européens de rester dans leur pays. Qu’ils acceptent que, du fond de sa cellule, celui qui s’est sacrifié pour eux, avec son compagnon, le général Jouhaud, leur dise maintenant : la voie nouvelle est tracée … »

Le 15 juin 1968, Jouhaud sort de prison.

En 1968, le colonel Argoud, le général Jouhaud, le capitaine Sergent et Georges Bidault enregistrent un disque 45 tours intitulé « message d’espoir ».

En 1969, il est élu à la présidence du Front National des Rapatriés et publie Ô mon pays perdu. De Bou-Sfer à Tulle chez Fayard.

Le 9 novembre 1970, Salan et Jouhaud voient mourir celui qui voulait leur mort …

En 1975, il publie La vie est un combat. Souvenirs : 1924-1944 chez Fayard

En 1977, il publie Ce que je n’ai pas dit. Sakiet, OAS, Evian chez Fayard.

En 1980, il publie Youssouf, esclave, mamelouk et général de l’Armée d’Afrique chez Robert Laffont 

En 1982, il est réintégré dans ses grades.

En 1984, il publie Serons-nous enfin compris ? chez Albin Michel

En 1986, il publie une histoire de l’Afrique du Nord aux deux coqs d’or

Le 7 septembre 1995, la dépouille d'Edmond Jouhaud a droit aux honneurs militaires, certes modestes mais bien réels, lors de ses obsèques.

Le 21 mars 2013, décès de Madame Claude Raymond : paix à son âme.