Souvenez-vous : vers la fin de Tartarin de Tarascon, du même Daudet

(en 2 parties http://manifpn2012.canalblog.com/archives/2012/10/27/25436314.html et http://manifpn2012.canalblog.com/archives/2012/10/29/25449039.html),

on pouvait lire :

… de loin en loin, un village français, des champs sans culture, des sauterelles enragées qui mangent jusqu’aux rideaux des fenêtres.

A croire que cela l’avait, à juste titre, impressionné, il écrivit une nouvelle intitulée « les sauterelles » 

La nuit de mon arrivée dans cette ferme d’Algérie, je ne pus pas dormir.

… dans ces beaux jardins que j’avais sous les yeux, les vignes espacées sur les pentes au grand soleil qui fait les vins sucrés, les fruits d’Europe abrités dans un coin d’ombre, les petits orangers, les mandariniers en longues files microscopiques …

[Aux environs de 1870, à l’époque où Alphonse Daudet voyage en Algérie, il n'y avait encore que 10 à 12 000 hectares de vigne. Dès 1885, il y a déjà à Boufarik 1318 hectares de vignes pour 1089 hectares de blé. En 1889, la superficie du vignoble était de 91 000 hectares. Entre 1916 et 1923 elle oscille entre 170 et 180 000 hectares. En 1930, 15 millions d’hectolitres de vin sont récoltés sur 3000 km2 de vignes.

La mandarine en Algérie ne date guère que de 1850. En 1930, l’Algérie produit 600 000 quintaux d’agrumes. En 1961, l'Algérie exporte 200.000 tonnes d'oranges par an.]

Les bananiers eux-mêmes, ces grands roseaux vert tendre, toujours agités par quelque souffle qui emmêle leur fine chevelure si légère, se dressaient silencieux et droits, en panaches réguliers.

… cette plantation merveilleuse, où tous les arbres du monde se trouvaient réunis, donnant chacun dans leur saison leurs fleurs et leurs fruits dépaysés. Entre les champs de blé et les massifs de chênes-lièges, un cours d’eau luisait … cette belle ferme avec ses arcades mauresques, ses terrasses toutes blanches d’aube, les écuries et les hangars groupés autour, je songeais qu’il y a vingt ans, quand ces braves gens étaient venus s’installer dans ce vallon du Sahel, ils n’avaient trouvé qu’une méchante baraque de cantonnier, une terre inculte hérissée de palmiers nains et de lentisques. Tout à créer, tout à construire. A chaque instant des révoltes d’Arabes. Il fallait laisser la charrue pour faire le coup de feu. Ensuite les maladies, les ophtalmies, les fièvres, les récoltes manquées, les tâtonnements de l’inexpérience, la lutte avec l’administration. Que d’efforts ! Que de fatigues ! Quelle surveillance incessante !

Encore maintenant, malgré les mauvais temps finis et la fortune si chèrement gagnée, tous deux, l’homme et la femme, étaient les premiers levés à la ferme.

… les ouvriers défilèrent sur la route. Des vignerons de Bourgogne, des laboureurs kabyles, coiffés d’une chechia rouge, des terrassiers mahonnais, les jambes nues, des Maltais, des Lucquois, tout un peuple disparate, difficile à conduire.

… un déjeuner plantureux et singulier, où il y avait des carpes, des truites, du sanglier, du hérisson, le beurre de Staouëli, les vins de Crescia [à une vingtaine de kilomètres d’Alger], des goyaves, des bananes …