d’après Pied-Noir mon frère (témoignage d’un francaoui) de Jean Loiseau (1963) 

«  son musée est à Aubagne.

les cendres du « Père de la Légion », le général Rollet (né en 1875 à Auxerre), sont en Provence, à côté de celles du simple légionnaire (de 1ère classe Heinz) Zimmermann (un des derniers légionnaires « morts pour la France en Algérie, le 11 août 1961) et du prince Aage de Danemark (ayant servi 17 ans au sein de la Légion étrangère, mort en 1940 au Maroc)

Sidi-Bel-Abbès, capitale de la Légion Etrangère, j’ai, comme tous les habitants de cette dynamique cité, de nombreux contacts avec la Légion.

Le légionnaire faisait en quelque sorte vivre Bel-Abbès et Bel-Abbès le lui rendait au centuple. C’était la ville du monde où l’on rencontrait le plus de képis blancs.

le « climat » de Sidi-Bel-Abbès ne se retrouve nulle part ailleurs.

Le Pied-Noir de cette ville est plus marqué que les autres Pieds-Noirs par la Légion. Dès son plus jeune âge, il a été élevé dans le respect de cette troupe

Quel que soit son « point de chute » sur la métropole, le Bel-Abbésien d’origine parle de la Légion, pense à la Légion.

Née sous Louis-Philippe, le 9 mars 1831, la Légion Etrangère fut créée à l’intention des réfugiés de pays européens terriblement secoués par des révolutions. En 1835, à la suite de la révolte de don Carlos contre son père, le roi Ferdinand VII, la Légion Etrangère fut « prêtée » à l’Espagne

En 1840, sous les ordres de généraux qui, plus tard, donneront leur nom à des villages algériens : Dompierre, Saint-Arnaud, Bedeau, les légionnaires se battirent un peu partout dans le bled.

Leur centre de repos s’appelait « Biscuitville » (en raison du magasin d’approvisionnement qu’elle enfermait alors) Sous l’impulsion de la Légion Etrangère, « Biscuitville » devint Sidi-Bel-Abbès[1]. Depuis cette époque lointaine, plusieurs dizaines de milliers d’hommes ont franchi le lourd portail du quartier Viénot, pour un chemin sans retour, balisé de nombreuses « croix de bois ».

A l’intérieur de Bel-Abbès, de nombreux légionnaires ont fait souche. Ils s’y sont installés dans le métier de leur choix avec leur femme.

La variété des professions représentées à la Légion était l’un des sujets d’étonnement des « étrangers à la ville ». La classe de la célèbre « Musique de la Légion Etrangère » est, dans toute l’acception du terme, internationale.

A côté d’un « titi » parisien il était courant de rencontrer de véritables artistes.

A la Légion, tout -ou à peu près tout- était fabriqué « at home », du plus petit clapier au plus grand hangar. La « ferme de la Légion », dans ce pays essentiellement agricole, était elle-même un modèle du genre.

Entre les deux guerres, la Légion Etrangère était marquée par les Allemands qui l’avaient préférée au régime nazi.

A côté d’un amant trahi, on pouvait y rencontrer le mari trompé ; à côté du banquier malchanceux, l’escroc sans scrupules ; à côté du fils de famille, le pâle voyou. Toutes les classes sociales venaient s’y mêler, du marquis authentique à l’escarpin verni au « gars du milieu » au bras tatoué.

C’est Pierre Mille qui a donné du légionnaire l’une des définitions les meilleures :

« Il est soldat comme Flaubert était écrivain, c’est-à-dire uniquement, et il n’y a rien de plus beau qu’un homme qui ne veut être qu’une chose au monde. »

Le prince Aage de Danemark était l’un des prototypes de « l’officier de la Légion ». Elevé à la cour de Copenhague, descendant par sa mère, la princesse Marie d’Orléans, du roi Louis-Philippe, il aimait, en parlant de son aïeul, répéter cette phrase : La Légion, la seule chose qu’il ait faite de bien ! »

Le soir des fêtes annuelles, le 30 avril, les Bel-Abbésiens se montraient toujours conciliants devant la « fatigue » des légionnaires, du plus humble au plus grand ; le 30 avril, c’est l’anniversaire de Camerone.

Camerone n’est pas une victoire comme Austerlitz. C’est une défaite subie en 1863 (le 30 avril) par l’armée française au Mexique. En dépit des années, en dépit des événements, sous tous les régimes, le Camerone est resté une tradition sacrée, respectée par les légionnaires de tout grade et par tous les Pieds-Noirs de Sidi-Bel-Abbès, de Saïda, de Béchar, du Kreider.

Ceux qui ont vécu le 99ème Camerone, le 30 avril 1962, en garderont longtemps le pieux souvenir.

Les vieux légionnaires (dont plusieurs étaient mariés avec des femmes pieds-noirs authentiques)

Pour les bel-Abbésiens, la présence de la Légion Etrangère était « la garantie des garanties ». Ils se sentaient des « privilégiés » par rapport à leurs compatriotes d’Alger et d’Oran

Le « 30 avril », de tout temps, ce n’était pas seulement la fête de la Légion, mais c’était en réalité la fête de Bel-Abbès.

le défilé de la Légion, au son de la Marche (de la garde) consulaire de Marengo (composée sur le champ de bataille). Les fameux sapeurs aux tabliers de cuir fauve ouvraient la marche, hache sur l’épaule.

Colomb-Béchar, ville également marquée par la Légion. »



[1] Emile Mellinet, né à Nantes en 1798, fils d’un général d’Empire, devenu colonel du 1er Régiment de la Légion Etrangère le 13 mars 1846, fut mis à la tête de la subdivision de Sidi-Bel-Abbès et fonda la ville de ce nom.