Le 25 septembre 1954, le préfet Vaujour écrit à M. Queuille, alors vice-président du conseil :

«  Les séparatistes se battent entre eux Mais des renseignements précis me permettent de redouter de les voir passer à l'action directe avant un mois. Et ce mouvement sera très vaste. Il atteindra les zones les plus dures de l'Algérie et certaines villes. Si nous n'y prenons garde, le petit groupe d'activistes qui a pris la tête d'une nouvelle action clandestine va essayer d'embraser l'Algérie à la faveur des événements des terroristes voisins.

Ce sera une flambée brutale, généralisée, et qui risque de nous placer dans une situation difficile si nous n'avons pas les moyens de faire face partout en même temps M. Léonard a, je le sais, alerté Paris

Je suis persuadé que nous allons vivre des heures graves ... Nous sommes à la veille d'attentats, peut-être même de soulèvements dans les régions où les bandits tiennent le maquis depuis des années. Cette fois ce ne sera pas une action sporadique et localisée ... »

Le 10 octobre 1954, dans une maison de «Climat de France», au dessus de Bab el Oued, 6 des 9 chefs historiques de la révolution algérienne (Rabah Bitat, Mostefa BenBoulaid, Mourad Didouche, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Larbi Ben M'Hidi) transforment le CRUA en FLN, créent l'ALN et décident de la date du déclenchement de l'insurrection pour le 1er novembre, puis vont se faire photographier en groupe avenue de la Marne à Bab el Oued. Les 3 autres chefs historiques (Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed) sont au Caire.

Le 10 octobre 1954, le préfet Vaujour informe ses supérieurs que la date de l’insurrection est fixée au 1er novembre.

Le 23 octobre 1954, muni des consignes impératives, « Urgent. A ne remettre qu’en mains propres. », un envoyé spécial d’Alger transmet au Cabinet du ministère de l’Intérieur un pli remis par le préfet Vaujour (qui a 2 informateurs au sein même du CRUA) d’une importance si grande (1) que le Gouvernement Général n’a pas voulu utiliser les procédures habituelles. Il s’agit d’un rapport extrêmement grave dans lequel on lit :

«  Danger immédiat Nous sommes sans doute à la veille d’attentats en Algérie Ben Bella a commandé de passer à l’action au plus tôt Son plan opérationnel prévoit l’extension du combat en Algérie, d’abord pour créer un climat nécessaire, ensuite pour absorber tous les maquis locaux. »

Le préfet Vaujour demande l’autorisation de procéder à des arrestations : rien.

Le même jour, 3 gendarmes sont attaqués par une vingtaine d’individus dans la région de Guentis.

(1) La Sûreté avait été remarquablement informée par un Musulman dont les mobiles sont demeurés inexpliqués. Il ne demandera jamais d’argent en échange de ses informations.

Le 26 octobre 1954, un renseignement de source qualifiée indique qu’un mot d’ordre est parvenu du Caire ordonnant de généraliser les incidents sur l’ensemble de l’Algérie, en vue de les exploiter à la tribune de l’ONU, lors de sa prochaine session.

Le préfet Vaujour a connaissance de la réunion du CRUA destinée à mettre au point le communiqué qui sera envoyé après les attentats du 1er novembre. Il renouvelle sa demande de rafle : le ministre de la justice (François Mitterrand) lui répond non.

Le 27 octobre 1954, le Gouverneur Général confie au général Cherrière, commandant de la Xème région militaire, le commandement interarmées en Algérie pour le maintien de l’ordre : ce dernier, qui est à Alger, adresse une nouvelle synthèse « sur l’évolution de la situation en Algérie ».

Le 29 octobre 1954, à 14 heures, tous les sous-préfets, maires, administrateurs du département, sont réunis à Constantine. Le préfet interroge avec anxiété ses subordonnés et les magistrats municipaux. A l’anxiété succède la perplexité. Les participants entonnent un chœur unanime : « Tout va très bien. Aucune inquiétude.»

Pourtant, le même jour, sur indication d'un militant du Parti Communiste, effrayé de ce qu'on lui a demandé de faire, on trouve la première bombe à Oran.

Le 30 octobre 1954, les effectifs de l'armée en Algérie sont de 56.000 hommes. Il y a aussi 2.300 gendarmes, pour une population de 10 millions d'âmes, alors que la France,  peuplée de 40 millions d'habitants, et 5 fois moins étendue, compte 43.700 gendarmes.

Le 31 octobre 1954, le Préfet Vaujour avertit la Xème Région Militaire que des attentats vont être commis dans les 48 heures.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, c’est la Toussaint rouge …

Un peu avant minuit, les premières bombes explosent, mettant en alerte les militaires, ce qui empêchera les assaillants de certaines casernes, dont celle de Boufarik, d'emporter toutes les armes. 

La première victime est un jeune pied-noir de 22 ans, Laurent François, de Cassaigne, tué peu avant minuit alors qu’il venait prévenir les gendarmes de plusieurs incendies de fermes.

Le 1er novembre 1954, de nombreux attentats sont perpétrés dans toute l'Algérie, faisant des dégâts matériels et 7 nouveaux morts :

- Dans les Aurés, un instituteur métropolitain, Guy Monnerot qui vient d'arriver de France, avec sa femme, institutrice également, est tué, son épouse 21 ans, grièvement blessée, survivra a ses blessures.

Les autres instituteurs avaient pu être prévenus par Jean Deleplanque, jeune sous-préfet de Batna, lui-même averti par un notable musulman.

- Un Notable Français musulman, le Caïd Hadj Sadok, de M’Chouneche, qui voyage dans le même car que les instituteurs est lui aussi tué par les rebelles alors qu’il voulait s’interposer.

- Puis deux jeunes appelés du 9ème RCA à Batna (dont les armes n’étaient pas chargées) : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet appelé du 2/4°RA ; André Marquet appelé du 4°RA et le lieutenant Darneau des Spahis, commandant du secteur de Kenchela ; un agent de police musulman Haroun Ahmed Ben Amar à Dra el Mizan … 

Dans les Aurès, les premiers fellaghas, quelques centaines, prêts à tendre la main aux fellaghas de Tunisie, tiennent les djebels. En grande Kabylie, la rébellion reste larvée.

Un Musulman, employé aux Eaux et Forêts, déclare (après le 1er novembre 1954) : « On nous avait dit qu’il n’y avait plus d’armée française, qu’elle avait été détruite en Indochine On n’allait tout de même pas manquer cette occasion ! »

Est-on en présence d’une action généralisée, ou bien d’une révolte tribale ? …

Ecoutons l’avis du général Cherrière, commandant en chef : « L’Armée pense être alors placée devant un problème qui lui est connu depuis des lustres en Afrique du Nord : réprimer successivement deux rébellions localisées (Aurès et grande Kabylie)  »

Au Caire, la voie des Arabes, une radio pro FLN, proclame : «L'Algérie est retournée à la lutte pour la liberté de l'Islam».

La fraction de la population musulmane qui a participé n’excède pas 5%.

Communiqué du Gouvernement Général du 1er novembre 1954 :

« Au cours de la nuit, en différents points du territoire algérien, mais plus particulièrement dans l’est du département de Constantine et dans la région de l’Aurès, une trentaine d’attentats d’inégale gravité ont été commis par de petits groupes de terroristes Un officier et deux soldats ont été assassinés à Kenchela et à Batna. Deux gardiens de nuit ont été tués en Kabylie. Des coups de feu ont été tirés sur les gendarmeries  »

La décision d'arrêter les responsables (suite aux demandes du préfet Vaujour des 23 et 26 octobre) ne parviendra à Alger que le 2 novembre 1954, le lendemain du début de l'insurrection.

Le 2 novembre 1954, François Mitterrand, ministre de l’Intérieur : « La seule négociation possible, c’est la guerre. L’Algérie c’est la France et la France ne connaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne. Qui hésiterait à employer tous les moyens pour préserver la France ? »

Le 2 novembre, dans son éditorial, Alger Républicain, le journal du Parti communiste algérien traite les responsables de la «Toussaint tragique» de « provocateurs » de « semeurs de panique » de « poignée d'agitateurs inconscients ou corrompus » et termine en exhortant les autorités à « faire appel aux masses pour anéantir la rébellion, seule façon d'attacher ce  pays à la France »