Après la légende urbaine du verre d’eau refusée au gentil appelé par le méchant pied-noir (voir mon article dans ce même blog), une autre légende, celle des plages interdites aux Musulmans.

Ou les plages dont la partie réservée aux pieds-noirs est séparée de celle réservée aux musulmans par des barbelés … qui sont parfois même électrifiés !

Et pourquoi pas des miradors avec des mitrailleuses ?

Il existait en Algérie française des plages privées comme en France métropolitaine et presque partout dans le monde en 2011. 

Les plages privées sont installées sur tout le littoral français. Elles consistent en des concessions accordées par les communes de stations balnéaires du domaine public littoral à des entreprises privées proposant des services liés aux activités de plage.

Les plages privées de France sont réglementées par le décret n° 2006-608 du 26 mai 2006. Ce décret valable pour l'ensemble du littoral français fixe le pourcentage de concession possible pour les communes de stations balnéaires.

L’historien Guy Pervillé explique que cette légende a été créée à partir du fait suivant :

Le maire de Zéralda nommé en 1941, bien que n’étant pas connu comme militant d’extrême-droite ni comme représentant de la grande colonisation, avait décidé d’interdire la plage de sa commune « aux Arabes et aux Juifs » en août 1942.

Je n’ai trouvé aucune trace de ce fait ailleurs que sur le lien de Guy Pervillé, ce qui ne veut pas dire que cela n’a pas existé, mais de là à généraliser à toute l’Algérie et pour la période après-guerre …

Puis, après le débarquement des alliés en novembre 1942 (opération Torch), des soldats américains occupèrent certaines maisons  en bord de plage. Sur certaines de ces maisons, les soldats avaient écrit à la peinture verte " OFF LIMITS " = accès interdit.

« Le Time publia un article traitant de l’OAS deux clichés illustrant cette littérature. Le premier représentait des baigneurs au bord de la mer, regardant vers le photographe et séparés de lui par un réseau de barbelés. La légende disait à peu près ceci Dans la crainte du FLN, les Algérois protègent leurs plages et prennent leurs bains sous la protection de l’Armée. Or, cette photographie a été prise à Alger même et les barbelés sont ceux qui séparent les baigneurs du yacht-club des installations de l’Amirauté. Ils ont toujours existé et nulle part je n’ai vu de barbelés sur les plages. » in « la bataille de l’OAS » d’Axel Nicol (novembre 1962)

« Je remarque que la plage est de fait réservée aux Européens. Il n’y a rien qui empêche les Arabes d’y venir, ni panneaux, ni flics. Nous ne sommes ni dans le sud des USA avec leurs lois de ségrégation raciale ni, encore pire, en Afrique du Sud avec leur apartheid. Alors, la force de l’habitude ? » in l’écharde (chronique d’une mémoire d’Algérie) de Michèle Villanueva (février 1992)

« Les plages étaient accessibles tout le monde mais, par certains us et coutumes, il y avait celles où se retrouvaient les « Européens », soit des sortes de clubs comme celui du RUA ou d’El-Kettani (plus spécialement réservé aux militaires), soit aussi des plages tout simplement moins accessibles, parce que plus éloignées de la capitale, et qu’il fallait s’y rendre en voiture. Cela ne voulait pas dire qu’elles étaient interdites aux Arabes (il y en avait toujours quelques-uns) mais ils préféraient ne pas les fréquenter, notamment celles de la Madrague, de Sidi-Ferruch (la plage du débarquement de 1830), du Palm-Beach, à Zeralda, Franco, à la Pointe-Pescade, et, vers l’est, Paris-Plage, Ain-Taya, Fort-de-l’Eau, etc » in Camus l’Algérois de Manuel Gomez (2004)

Effectivement, à l'est de la plage Padovani, il y avait des barbelés, gardes par un tirailleur sénégalais, baïonnette au canon, mais ce n'était pas pour séparer les musulmans des « Européens », mais pour séparer TOUS les civils, coté Padovani, des militaires et leurs familles coté El Ketani, dont la piscine comme la plage était réservée aux militaires et a leurs familles.  

Et aujourd’hui ?

«  agression sur les plages Pas question non plus d’aller seule se baigner. En dehors des rares plages familiales réservées, les femmes ne sont jamais tout à fait à l’abri. Les « barbus » sont présents sur les lieux  » l’Algérie par ses islamistes par Mustafa Al-Ahnaf, Bernard Botiveau, Franck Frégosi (1991)