Tiré de l’ouvrage et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine de Henri Martinez (Robert Laffont 1982) :

« Le 21 mars 1962, à Oran

A peine l’émission (pirate de l’OAS) a-t-elle commencé que le Sikorsky (1) de service survole la ville en décrivant de larges cercles, tout en évitant de s’approcher du secteur brûlant

1) hélicoptère S-58 http://avions-de-la-guerre-d-algerie.over-blog.com/article-les-sikorsky-s-58-version-hss-marine-78793319.html

Alors que l’émission touche à sa fin, il est aux environs de midi et demi, un ronronnement qui devient tonnerre emplit soudain notre espace sonore. Deux chasseurs T6 (North American T6 Texan) prennent le relais de l’hélicoptère gonio (2) qui a disparu

2) la radiogoniométrie d'une émission hostile permet de localiser cet émetteur soit en employant plusieurs récepteurs en des positions différentes, soit par calcul en fonction de la cinématique propre du récepteur

Les chasseurs sont côte à côte, assez bas, légèrement penchés sur leur aile gauche, ils font deux larges tours, on dirait qu’ils observent quelque chose. Le manège dure quelques minutes, puis ils prennent la direction approximative d’Eckmühl. Mais ce n’est qu’un faux départ, les voilà qui rappliquent par le sud. Ils sont maintenant l’un derrière l’autre, léger virage sur la mer et, soudain, comme on le voit au cinéma, virage sec et mise en piqué léger, tout droit sur notre bastion. Les yeux au ras du parapet, j’ai cru jusqu’au bout que c’était une manière d’intimidation, qu’ils n’allaient pas faire ce que même les nazis n’osèrent pas sur la France occupée. J’attends le bruit des mitrailleuses (2 AA52 cal 7.5mm), mais non, une petite flamme sous chaque aile suivie d’une détonation sèche à peine audible, couverte par le bruit des deux moteurs. Quatre flèches de fumée légèrement blanche et quatre explosions qui ajoutent leurs échos à la mitraillade générale et permanente. Ils voulaient détruire l’émetteur. Mais un relèvement gonio n’est jamais aussi permis qu’il permette de dire : c’est juste ici, et pas à côté. Je sais que des dizaines d’hommes étaient sur les terrasses ; mais sous ces mêmes terrasses des milliers de civils passifs ne pourraient rien faire d’autre que d’attendre la mort. Et puis quel pilote œil-de-lynx peut être sûr de ce qu’il aperçoit au-dessus d’une telle fourmilière urbaine, à plus de 350 kilomètres à l’heure : tireurs ou curieux inconscients ? Deltas (commandos OAS) ou gamins excités par la guerre ?

Un journaliste a osé écrire quelques années après que les roquettes (3) avaient été tirées dans la mer des centaines de témoins ont suivi les tirs des yeux et ont ressenti le choc des coups au but.

3) 4 T10 de 28 kg chaque 90 à 120 mm

Les avions dégagent et reviennent une deuxième fois. Oran la Rebelle reçoit huit roquettes, avec les compliments du général Katz. (4)

4) En février 1962, le général Katz est nommé responsable militaire à Oran.

En mars 1962, à Oran, le général Katz : « Les Français d’Algérie ne sont plus que les descendants de déportés de droit commun, attachés à leurs privilèges. »

Le 20 juin 1962, une note du général Katz : « Elles (les forces françaises) contribueront par leur présence à rétablir et développer la confiance entre les communautés. Elles seront en mesure d’intervenir pour porter secours, en cas d’agressions aux ressortissants se réclamant de l’autorité française. »

En avril 1962

Dans le ciel, les T6 lanceurs de roquettes sont remplacés aujourd’hui par trois bimoteurs B26 (Martin B26 Marauder). Beaucoup plus gros, encore plus bruyants, et dont la mission de base est le bombardement.

Ils tournent, remontent, descendent, passent à cinquante mètres des toits à pleine vitesse (450 km/h). Ce cirque dure une bonne heure. J’attends avec impatience l’acte fou que serait le bombardement d’Oran. Bombardement aveugle destiné à lui faire payer sa révolte.

Mais non, les B26 tournent encore un peu, puis disparaissent vers la base aéronavale de Lartigue Tafaraoui. »