Tiré de la déposition de M. Alfred Coste-Floret, Conseiller d’Etat, lors de l’audience du 17 mai 1962 du procès du général Raoul Salan compte-rendu sténographique

 

(entre parenthèses complément d’information)

 

(Rappelons le contexte : du 24 au 31 janvier 1960 c’est la semaine des barricades à Alger, de Gaulle enchaîne les tournées des popoteset le 10 juinreçoit à l’Elysée le colonel Si Salah commandant la wilaya IV, le 16 juin à Alger création du Front Algérie Française)

 

« La première réunion du Comité de Vincennes a eu lieu vers juin 1960 à la mairie de Vincennes (le maire de Vincennes est alors Antoine Quinson, député de la Seine et ancien secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants) ; pour préparer et pour organiser cette réunion, des rencontres préalables avaient eu lieu entre des gens de différentes tendances, tous républicains, dont je suis et qui considéraient qu’il était nécessaire de défendre sur le terrain de la légalité la thèse de la maintenance de l’Algérie sous la souveraineté française.

A ces réunions, assistaient des gens très divers, des hommes aussi différents que

- Albert Bayet (sociologue chargé de cours de morale à la Sorbonne, président de la Fédération Nationale de la Presse Française, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, membre de l’Union Progressiste parti politique des « compagnons de routes » du PCF),

- Robert Lacoste (ancien résistant, ancien ministre, député socialiste, syndicaliste CGT),

- André Lafont ancien secrétaire (confédéral) de Force Ouvrière,

- (Henri) Yrissou (inspecteur général des finances, directeur de cabinet d’Antoine Pinay),

- Jacques Soustelle (ancien résistant, ethnologue, ancien gouverneur général de l’Algérie, ancien ministre),

- Bourgès-Maunoury (ancien résistant, ancien ministre),

- moi-même (Alfred Coste-Fleuret Conseiller d’Etat)

 

Le Comité de Vincennes c’était l’union de républicains pour défendre la légalité de l’appartenance de l’Algérie à la République française.

Le premier colloque a eu lieu en 1960 à la mairie de Vincennes et il eut un tel succès que nous décidâmes de donner une structure permanente à notre organisation. Ce fut le Comité de Vincennes dont l’action se déploya sous deux formes, une première forme par la parution de cahiers trimestriels (n°1 du 20 juin 1960, n°2 novembre 1960, n°3 décembre 1960) auxquels collaboraient des républicains différents et ensuite la pose d’affiches et la tenue de réunions privées.

Pour adhérer au Comité de Vincennes, il fallait souscrire à un accord en quatre points :

- la défense de l’appartenance de l’Algérie à la souveraineté française, c’est-à-dire la défense du maintien de cette Algérie dans la République française

- la mise en garde et le refus de toute sécession dont nous disions qu’elle aboutirait au déclenchement inévitable du terrorisme

- la mise en garde et le refus de toute négociation avec le seul F. L. N. dont nous disions qu’il aboutirait, lui aussi, par des voies indirectes à la sécession, c’est-à-dire au déclenchement du terrorisme Nous ne refusions pas la négociation mais à la condition que ce soit avec toutes les tendances algériennes, y compris les Européens et les Français d’Algérie …

- l’appel au  rassemblement de tous les Français des deux rives de la Méditerranée pour défendre les trois principes …

Nous eûmes des adhésions assez nombreuses. Les deux hommes qui ont été successivement les piliers du Comité de Vincennes sont

- M. Pierre André, premier secrétaire général, (ancien résistant, député)

- M. Groussault, second secrétaire général

Nous avons tenu une deuxième réunion à Vincennes en novembre 1960, une troisième et une quatrième à la Mutualité

A la suite de cette réunion, le gouvernement nous a signifié un décret de dissolution auquel nous nous sommes conformés et nous avons gardé le silence. »