article écrit en partie à la lecture des ouvrages « de Gaulle 2. Le politique *» (septembre 2000) de Jean Lacouture (* août 1944 à janvier 1959) et « Algérie, la guerre est finie » (janvier 1985) du même auteur

Le 25 mai 1940, le colonel De Gaulle est nommé général de brigade à titre temporaire (soit 2 étoiles, donc en théorie commande à 10 000 hommes ; à titre d’exemple, le général Salan était général d’armée 5 étoiles le plus haut grade).

Au Journal Officiel du 24 juin 1940 paraît ce texte du Ministre de la Défense Louis Colson (sous la présidence d’Albert Lebrun, et non du régime de Vichy, qui ne commence que le 10 juillet 1940 pour finir le 20 août 1944 et dont les actes sont annulés) :

« Par décision ministérielle du 22 juin 1940, la promotion au grade de général de brigade à titre temporaire de M. le colonel d’infanterie breveté De Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est annulée. M. le colonel d’infanterie breveté d’état-major De Gaulle est admis d’office à la retraite par mesure de discipline. »

Le 2 août 1940, le tribunal militaire permanent de la 13ème région siégeant à Clermont-Ferrand (zone libre) « condamne par contumace le colonel d’infanterie breveté d’Etat-major en retraite de Gaulle, Charles, André, Joseph, Marie, susqualifié, à la majorité des voix, à la peine de mort, à la dégradation militaire, et ordonne la confiscation des biens meubles et immeubles du condamné. » De Gaulle est accusé de « Trahison, atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, désertion à l’étranger en temps de guerre sur un territoire en état de guerre et de siège. » Une majorité « d’au moins 5 voix » sur les 7 généraux composant le tribunal a répondu « oui » à la question « Désertion … en temps de guerre »

« tribunal présidé par le général Frère, commandant de la VI° armée qui, après avoir signé, début juin, une des plus belles citations qu'ait reçues Charles de Gaulle, lui a annoncé, le 5 juin, qu'il allait être ministre, lui voue de toute évidence une grande estime - et qui, rallié à la Résistance, sera arrêté et déporté par les occupants. Le tribunal compte dans ses rangs les généraux de la Porte du Theil, qui a été à Metz l'un des partisans du « colonel Motor », et de la Laurencie qui, après avoir été le représentant à Paris du gouvernement de Vichy, sera l'un des candidats à la succession de Charles de Gaulle quand les américains chercheront à se débarrasser de lui. »

Dans « de Gaulle 2.Le politique », Jean Lacouture, son biographe, écrit : « Charles de Gaulle, mythiquement général à titre éternel, mais légalement colonel à la retraite … »

Le 14 avril 1946, de Gaulle écrit à Edmond Michelet (qui proposait de nommer de Gaulle maréchal !) : « Depuis le 18 juin -date du jour où je suis sorti du cadre … il serait impossible de « régulariser » une situation absolument sans précédent. … Toute « solution administrative » qu’on tenterait d’y appliquer aujourd’hui prendrait donc un caractère étrange, et même ridicule. … La mort se chargera, un jour, d’aplanir la difficulté, si tant est qu’il y en ait une. »