N’oublions pas que l’on ne parle officiellement de « guerre » d’Algérie que depuis le 18 octobre 1999 : auparavant, il s’agissait d’ « opérations de maintien de l’ordre ».

Source : 2ème dossier secret de l’Algérie 1954-1958 de Claude Paillat (Presses de la Cité 1962)

Note n°79 du 19-1-55 du général Spillmann (Commandant le Constantinois)

« Hors cas de force majeure, les perquisitions ne peuvent être effectuées qu’à la demande de l’autorité civile responsable et en présence d’officiers ou d’agents de police judiciaire, gendarmes ou gendarmes mobiles.

Tout engagement comportant des pertes (de notre côté ou du côté des hors-la-loi) doit faire l’objet d’un procès-verbal de gendarmerie …

Des gendarmes assisteront obligatoirement aux fouilles à l’intérieur des villages, maisons … »

Il faut récupérer et compter les douilles : l’Armée a bien fourni les premiers lots d’armement et de munitions, mais elle en a exigé le paiement immédiat par la Trésorerie d’Alger « sous peine d’arrêter les fournitures ultérieures » !

L’ensemble des effectifs concernés est mobilisé pour procéder à des reconstitutions (des combats) devant le juge d’instruction et en présence de policiers ou de gendarmes … La population assiste à ces curieux « spectacles » …

Le directeur de cabinet de M. Mitterrand (ministre de l’Intérieur), M. Nicolaï, précise à Fay, chef d’état-major général de l’Aviation, et au général Firroloni, commandant l’Air en Algérie, qu’il convient d’employer l’aviation de façon restrictive pour que l’on ne nous reproche pas d’agir avec une brutalité excessive …

Le ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, rappelle au général Spillmann que « l’aviation est faite pour observer, non mitrailler ou bombarder … »

Un bombardement fut envisagé pour réduire le douar dissident Ichmoul, sur le territoire duquel se trouve la forêt de Beni-Melloul, refuge de la majeure partie des rebelles. Par tract, on menaça même la population d’un « châtiment terrifiant » si elle n’évacuait pas la zone dangereuse. Mais, sans doute à l’instigation de M. Mendès-France, l’opération fut décommandée.

Parfois, les interrogatoires auxquels on soumet les hommes de troupe finissent par prendre un tel tour vexatoire que nombre de militaires en arrivent à se demander « s’il faut attendre d’être tué pour ouvrir le feu sur des dissidents avérés. »

En revanche, on pratique longtemps les autopsies des soldats tombés au combat comme pour un crime de droit commun !

Et pourtant les rapports du préfet Vaujour et du général Cherrière concluaient : « il ne faut plus hésiter à utiliser pleinement les moyens dont nous disposons … En bref, frapper vite et fort … il ne faut pas oublier qu’en pays islamique, la temporisation et la faiblesse ne payent jamais. »