Il me souvient … J'avais à l'époque, 12 ans tout au plus.

Nous habitions Perrégaux, une petite ville de l'Oranais, en Algérie.

Chacun se connaissait, ou presque.

Mon père, ce "héros au regard si doux", comme se plaisait à dire Hugo, mon père donc, était un "chasseur impénitent", devant l'Eternel !

Une fine gâchette avec ça et je dois avouer aujourd'hui que j'étais on ne peut plus fier de lui, et que je l'aimais par-dessus tout, bien qu'il ne me passât aucune faute et qu'il ne souffrait aucune incartade.

Ce jour donc, nous voici partis pour la chasse.

Son coin de prédilection, "le pont des Nègres".

Pour qui connaît Perrégaux et ses environs, c'est un lieu assez accidenté et sauvage, un sol aride, rocailleux, parsemé de lentisques, mais un endroit o combien divin, à ce qu'il me semblait.

Libres, on se sentait libres, au milieu de cette immensité.

L'on se plaisait à communier avec la nature, et dès lors, plus rien n'avait d'importance, plus rien n'existait.

Et si ce souvenir est si vivace dans mon esprit, et s'il m'a tant marqué, c'est tout simplement que j'étais un enfant et que c'était la toute première fois que mon père me faisait l'honneur de l'accompagner à la chasse … ce fut la seule, du reste.

Je m'enivrais des mille senteurs du thym, du romarin, du serpolet, et j'admirais enfin le lever du soleil, derrière les collines.

Sur le chemin du retour, je paradais, fier comme Artaban, la musette en bandoulière aux côtés de mon père.

Le beau tableau de chasse ce jour-là, en vérité : 1 lièvre, 2 perdreaux.

Les gamins du quartier, curieux, nous escortaient jusque devant la maison, se bousculant et chahutant.

Nous fîmes une entrée triomphale !

Vous pensez … Comment pourrais-je l'oublier ?

Pierre SAFRAS (1940-2007)