Cet article est tiré de Militaires et guérillas dans la guerre d’Algérie sous la direction de Jean-Charles Jauffret et Maurice Vaïsse (actes du colloque de Montpellier des 5 et 6 mai 2010 organisé par le CEHD (Centre d’etude d’Histoire et de la Défense)

Cinq mois après la prise d’Alger, en 1830, la majeure partie des régiments du corps expéditionnaire étant rentrée en France, le maréchal-comte Clauzel avait organisé une milice avec la population civile d’Alger, qui devait assurer sa défense dès que la ville serait menacée. Après des débuts difficiles (notamment en raison des effectifs présents) les « milices africaines » avaient été réorganisées, tous les Européens de 20 à 50 ans y étant incorporés pour participer aux opérations et revenir à la vie civile dès l’opération terminée. Elles furent dissoutes dès la pacification obtenue.

Au cours du 1er trimestre 1953, « sur demande du Gouverneur Général pour l’Algérie, du Résident Général pour la Tunisie et le Maroc, par décision du gouvernement, conformément à la loi du 31 mars 1928 sur le recrutement de l’armée » de telles unités sont mises en place afin de coopérer avec les autres formations militaires à la défense intérieure de l’ensemble des territoires d’Afrique du Nord.

Mais autant les « milices africaines » furent mises en place dans un contexte de conquête, autant les Unités Territoriales le sont dans un contexte de guerre contre la terreur.

Le quadrillage requis nécessitait des effectifs importants que les unités d’active ne pouvaient assurer seules.

Le décret du 7 juin 1955 institue le rappel des hommes des classes 1950,1951 et 1952 résidant en Algérie.

Le décret du 13 octobre 1955 va plus loin et porte rappel sous les drapeaux de tous les réservistes (18 à 48 ans) résidant en Algérie. Les UT ont été conçues et mises sur pied pour « coopérer localement avec les unités de l’Armée d’active. »

Leur objectif est la sauvegarde des populations et des biens matériels. Leurs principales missions est la protection immédiate des points sensibles urbains, ruraux, économiques, la sécurité rapprochée des localités : patrouilles en ville, protection des fermes isolées, garde des récoltes, des grains et des silos, contrôle de l’accès aux cars et aux tramways, surveillance des écoles, des plages, contrôles d’identité, chasse aux paquets abandonnés, défense locale des moyens de communication et des moyens de transmissions (PTT, ponts, barrages …), patrouilles dans les ports et surveillances des chargements … le but final restant de décharger au maximum les unités d’active de « tâches stratégiques de maintien de l’ordre » pour des missions opérationnelles.

En 1956, il y aurait environ 25 000 hommes mobilisables par corps d’armée (1 corps d’armée pour Oran, 1 pour Alger, 1 pour Constantine) … mais les 75 000 hommes constituaient l’équivalent de 7 500 hommes.

Bien qu’incorporés, les Territoriaux sont civils 27 jours par mois … Ils conservent leur uniforme chez eux mais armement et munitions au PC.

L’ouvrier, payé à l’heure, abandonne son travail pour protéger ses concitoyens ; le commerçant ferme sa boutique … sans pour autant que la solde compense le manque à gagner.

Le 5 juin 1958, suite aux manifestations du forum, est créé dans la Casbah d’Alger le 20ème bataillon UT, le premier où étaient intégrés massivement les musulmans. (jusqu’ici en effet on redoutait l’infiltration d’éléments FLN et des sabotages)

Quelques mois plus tard, le général Challe crée la Fédération des UT et des autodéfenses (musulmanes) sous les ordres du commandant Sapin-Lignières secondé par le capitaine Marcel Ronda.

Si le message que les autorités veulent faire passer est que le personnel des UT sont des soldats à part entière, des pieds-noirs qui défendent leur terre aux côtés de l’armée … dans les faits il existe une mésentente réciproque, au moins dans les premières années du dispositif : les unités d’active reprochent aux UT le manque de discipline, les UT reprochent aux unités d’active un déficit en matériel (les UT sont souvent dotées d’armes personnelles -fusils de chasse-).

Malgré cela, des UT participeront activement à la bataille d’Alger.

Les UT sont commandées par le colonel Thomazo dit « nez-de-cuir » (défiguré par une balle, il perd un fils en Indochine, un autre en Algérie, sa femme de 26 ans est arrêté en 1961 pour activisme) qui fonde à Alger une compagnie opérationnelle, les « bérets noirs », dotés d’un armement renforcé, sous le commandement du capitaine Ronda et du lieutenant de réserve Serge Jourdes, qui forment des unités de choc et aident l’armée dans le djebel.

Les UT sont le porte-parole de la population européenne auprès de l’armée et notamment du contingent … et le porte-parole de l’armée au sein de leurs familles …

Les territoriaux adhèrent souvent aux mouvements civils voués à la défense de l’Algérie française, plus particulièrement au FNF … 80% des UT en armes présents le 1er jour des Barricades appartenaient au mouvement de Joseph Ortiz.

Le 10 février 1960, quelques semaines après l’échec des Barricades, M. Terrenoire annonce la dissolution des UT.

Un an plus tard, Ortiz souhaite reconstituer le quadrillage des UT, afin de préparer une insurrection populaire … l’OAS, mais il n’en aura ni le temps ni les moyens.

Pour établir un parallèle avec le « verre d’eau refusé », il faut noter des témoignages d’appelés qui ont remplacé des UT de garde afin qu’ils passent Noël dans leurs familles, et auxquels les UT ont ensuite offert le réveillon …